Mûrier à papier (Broussonetia papyrifera, )
Le mûrier à papier (Broussonetia papyrifera) est un arbre caduc et dioïque de la famille des Moraceae, originaire d'Asie orientale et du Sud-Est asiatique. Son écorce fibreuse, martelée et assouplie, fournit depuis l'Antiquité chinoise la matière première du papier et, dans le Pacifique, celle du tapa, une étoffe traditionnelle. Largement introduit hors de son aire native, il est aujourd'hui classé espèce exotique envahissante dans plusieurs régions du monde.
Lire la suiteMûrier à papier, Mûrier d'Espagne, Broussonétia à papier, Arbre à tapa et Paper mulberry
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Répartition mondiale
L'aire native de Broussonetia papyrifera s'étend de l'Inde à la Corée en passant par la Chine continentale, Taïwan, le Japon, le Myanmar et l'Indochine. Introduite très tôt en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique par les populations austronésiennes, puis en Europe et aux Amériques comme curiosité horticole, l'espèce s'est depuis naturalisée et parfois fortement propagée sur plusieurs continents.
- Native6
- Introduite1
- Envahissante3
- Chine
- Taïwan
- Japon
- Corée du Sud
- Myanmar
- Inde
- Nouvelle-Calédonie
- France métropolitaine
- États-Unis
- Pakistan
Hexagones : régions de présence. Points verts : aire native.1
Identité
Le mûrier à papier (Broussonetia papyrifera (L.) L'Hér. ex Vent., 1799), aussi appelé mûrier d'Espagne ou broussonétia à papier, est un arbre caduc et dioïque du genre Broussonetia, dans la famille des Moraceae. Le genre honore le naturaliste Pierre Broussonet (1761-1807), qui rapporta de Chine les premiers pieds femelles cultivés en Europe ; l'épithète papyrifera renvoie à la fabrication de papier à partir des fibres de son écorce, une pratique chinoise attestée depuis l'Antiquité. 1 4
En Nouvelle-Calédonie et dans une bonne partie du Pacifique, l'arbre porte un tout autre nom, arbre à tapa : son écorce interne, battue puis assouplie, produit une étoffe traditionnelle utilisée pour les vêtements et les cérémonies, bien avant l'arrivée du papier occidental dans la région. 6
Reconnaissance
Broussonetia papyrifera est dioïque : fleurs mâles et femelles sont portées par des pieds séparés, si bien qu'un sujet mâle isolé fleurit chaque printemps sans jamais produire un seul fruit. Selon le climat et la conduite, l'arbre atteint couramment 4 à 8 m en horticulture tempérée, avec des sujets natifs signalés jusqu'à 15 à 20 m en climat chaud et favorable. 2 3
Les feuilles, alternes et longues de 6 à 18 cm, sont remarquablement polymorphes : simples et ovales sur un rameau, profondément lobées à 3 ou 5 doigts sur le rameau voisin, parfois sur un même sujet. Ce polymorphisme foliaire est normal chez l'espèce et ne signale aucune maladie. 3
Les fleurs mâles forment des chatons cylindriques jaunâtres, pendants, tandis que les fleurs femelles se regroupent en petites têtes globulaires. Une fois pollinisées, ces fleurs femelles donnent des fruits agrégés charnus, orangé à rouge, d'environ 2 à 4 cm de diamètre. Les jeunes rameaux, duveteux et brun-rougeâtre, laissent couler une sève laiteuse abondante dès qu'on les coupe, plus nette que chez la plupart des autres Moraceae, dont le mûrier blanc. 3
Taxonomie utile
Le nom accepté par POWO/WCVP est Broussonetia papyrifera (L.) L'Hér. ex Vent., une combinaison qui reclasse dans le genre Broussonetia le Morus papyrifera L., 1753 originel décrit par Linné. La synonymie mélange formes historiques et noms de culture :
- Morus papyrifera L.
- Papyrius papyrifera (L.) Kuntze
- Broussonetia papyrifera var. laciniata Ser.
- Broussonetia papyrifera f. variegata (Ser.) Schelle
- Broussonetia papyrifera f. leucocarpa (Audib. ex Ser.) Rehder
Le genre Broussonetia réunit une dizaine d'espèces d'Asie orientale, dont Broussonetia kazinoki, une espèce voisine cultivée au Japon pour le même usage papetier et parfois confondue avec B. papyrifera dans la littérature horticole ancienne. 1 Le repère stable reste le nom scientifique accepté, plutôt que les nombreux noms vernaculaires qui varient d'une région à l'autre. 4
Habitat et répartition
L'aire native s'étend de l'Inde à la Corée en passant par la Chine continentale, Taïwan, le Japon, le Myanmar et l'Indochine, où l'espèce colonise lisières forestières, berges et sols perturbés en climat chaud et humide. 1
L'IUCN classe Broussonetia papyrifera en préoccupation mineure à l'échelle mondiale : une aire native très large et une population stable justifient ce statut, indépendant du caractère envahissant observé hors de cette aire. 8
Largement introduite ailleurs comme arbre d'ornement puis échappée de culture, l'espèce est aujourd'hui classée espèce préoccupante en Floride et figure sur les listes d'arbres restreints de plusieurs États du sud-est des États-Unis. 5
En Europe, la RHS déconseille sa plantation et signale son inscription sur la liste européenne des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union, avec une vente interdite dans certains territoires. 2
L'histoire de la diffusion de Broussonetia papyrifera dans le Pacifique éclaire aussi celle des hommes : l'analyse de l'ADN chloroplastique de plus de 600 échantillons montre qu'un même clone originaire de Taïwan accompagne les migrations austronésiennes jusqu'en Polynésie, où l'arbre à tapa reste multiplié par bouturage plutôt que par semis. 6
Cycle et reproduction
La floraison a lieu au printemps, avant ou en même temps que le débourrement des feuilles. Les chatons mâles libèrent une grande quantité de pollen sur une période courte ; ce pollen figure parmi les allergènes aériens les plus étudiés d'Asie, avec un lien démontré entre sa concentration atmosphérique et les consultations pour asthme ou rhinite allergique. 7
Une fois pollinisées, les fleurs femelles produisent en été des fruits agrégés qui mûrissent en boules charnues orangées, consommées et disséminées par les oiseaux. La multiplication horticole se fait surtout par semis, à germination rapide, ou par boutures de racines, l'espèce drageonnant activement depuis un système racinaire traçant. 4
Usages et risques
L'écorce interne fournit l'usage traditionnel majeur de l'espèce : ses fibres, longues de plusieurs centimètres, entrent depuis l'Antiquité chinoise dans la fabrication du papier et, une fois battues, dans celle du tapa, une étoffe traditionnelle du Pacifique. Les jeunes feuilles séchées servent aussi de complément alimentaire pour le bétail, riches en protéines et en vitamines. 6 4
L'allergie au pollen constitue le principal risque documenté, en forte hausse dans les zones où l'arbre a été largement planté puis naturalisé ; la toxicité par ingestion, elle, reste jugée faible ou nulle. Un sujet mâle installé près d'une terrasse ou d'une fenêtre fréquentée mérite d'être évité en période de floraison. 7
Le second risque est écologique : drageons et semis spontanés permettent à l'espèce de coloniser rapidement friches, lisières et parcelles agricoles abandonnées, au détriment de la végétation locale dans plusieurs régions tropicales et subtropicales. 5
Variétés, confusions et plantes proches
Peu de cultivars ornementaux stables existent chez cette espèce. La forme f. variegata, à feuillage panaché blanc, et la forme f. laciniata, aux feuilles très découpées et frangées, restent surtout des curiosités historiques, rarement proposées aujourd'hui en pépinière. La forme f. leucocarpa, à fruits blancs plutôt qu'orangés, relève du même statut. 1
Les confusions les plus fréquentes concernent :
- Morus alba, le mûrier blanc, aux feuilles moins duveteuses et sans sève laiteuse ;
- Ficus carica, le figuier commun, dont certaines feuilles lobées rappellent le mûrier à papier jeune ;
- Broussonetia kazinoki, espèce sœur d'Asie orientale, cultivée pour le même usage papetier.
Le repère le plus fiable reste la sève laiteuse abondante à la coupe, associée au fort polymorphisme foliaire, deux traits que ne partagent ni le mûrier blanc ni le figuier.
Sources principales
- Plants of the World Online / Kew, Broussonetia papyrifera (L.) L'Hér. ex Vent.
- Royal Horticultural Society, Broussonetia papyrifera
- Missouri Botanical Garden Plant Finder, Broussonetia papyrifera
- Plants For A Future, Broussonetia papyrifera
- University of South Florida, Atlas of Florida Plants, Broussonetia papyrifera
- Chang et al., 2015, Human-mediated dispersal of paper mulberry and Austronesian expansion, PNAS
- Jiang et al., 2022, Broussonetia papyrifera pollen and allergic rhinitis, Clinical & Experimental Allergy
- IUCN Red List, Broussonetia papyrifera assessment (2018)
Questions fréquentes
Le mûrier à papier est-il toxique pour les animaux ?
Aucune toxicité par ingestion n'est documentée pour les chats, les chiens ou les chevaux. Le risque principal reste le pollen, qui peut déclencher des allergies respiratoires chez les personnes sensibles.
Pourquoi les feuilles de mon mûrier à papier n'ont-elles pas toutes la même forme ?
Ce polymorphisme foliaire est normal chez Broussonetia papyrifera. Un même sujet peut porter des feuilles simples et ovales à côté de feuilles profondément lobées, surtout au stade juvénile ou sur les rejets vigoureux.
Pourquoi le mûrier à papier est-il considéré comme envahissant ?
L'espèce drageonne activement et produit de nombreuses graines viables sur les sujets femelles, ce qui lui permet de coloniser rapidement friches et lisières hors de son aire native. Elle figure sur plusieurs listes d'espèces exotiques envahissantes.
Le mûrier à papier et le mûrier blanc sont-ils la même plante ?
Non. Broussonetia papyrifera et Morus alba appartiennent tous deux à la famille des Moraceae mais à des genres distincts. La sève laiteuse et le fort polymorphisme foliaire du mûrier à papier permettent de les distinguer sur le terrain.
À quoi servait traditionnellement l'écorce du mûrier à papier ?
Ses fibres, présentes dans l'écorce interne, servent depuis l'Antiquité chinoise à fabriquer du papier. Battue et assouplie, la même écorce donne le tapa, une étoffe traditionnelle du Pacifique utilisée pour le vêtement et les cérémonies.
Le pollen du mûrier à papier est-il vraiment un problème de santé publique ?
Dans plusieurs régions d'Asie où l'arbre a été massivement planté, des études cliniques associent les pics de pollen à une hausse des consultations pour asthme et rhinite allergique, surtout chez les sujets déjà sensibilisés.
Peut-on encore planter un mûrier à papier en France ?
La plantation est déconseillée et l'espèce figure parmi les exotiques envahissantes surveillées à l'échelle européenne. Les sujets déjà installés doivent surtout être surveillés pour limiter drageons et semis spontanés.
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En cas de doute sur la toxicité d’une plante, demandez conseil à un botaniste ou à un vétérinaire.








