Arbre du suicide (Cerbera odollam, )
L'arbre du suicide (Cerbera odollam) est un petit arbre littoral de la famille des Apocynaceae, originaire du sud de l'Inde et du Sri Lanka jusqu'au Pacifique occidental. Il porte des fleurs blanches parfumées à cœur jaune et un fruit qui rappelle une petite mangue, verte puis pourpre et enfin noire à maturité. Sous son écale légère et flottante se cache un noyau qui concentre la cerbérine, un poison cardiaque responsable d'un usage funeste documenté en Inde.
Lire la suiteArbre du suicide, Pong-pong, Othalanga, Suicide tree, Pong-pong tree et Othalam
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Taken Feb 12, 2021 by lo' (cc-by-sa)
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Répartition mondiale
L'aire native de Cerbera odollam s'étend du sud de l'Inde et du Sri Lanka jusqu'au Pacifique occidental, en passant par l'Asie du Sud-Est continentale et insulaire et le nord de l'Australie. L'espèce est largement introduite comme arbre d'ornement dans les régions côtières tropicales, sans tolérance au gel qui limiterait toute naturalisation hors de cette bande climatique.
- Native8
- Introduite1
- Inde
- Sri Lanka
- Malaisie
- Singapour
- Myanmar
- Viêt Nam
- Indonésie
- Australie
- Polynésie française
Hexagones : régions de présence. Points verts : aire native.1
Identité
L'arbre du suicide (Cerbera odollam Gaertn., 1791), aussi appelé pong-pong ou othalanga, est une espèce acceptée du genre Cerbera, dans la famille des Apocynaceae. Le botaniste allemand Joseph Gaertner l'a décrit en 1791 ; le nom de genre vient de Cerbère, le chien à trois têtes qui gardait l'entrée des Enfers dans la mythologie grecque, un choix qui annonce directement la dangerosité de l'espèce. 1
Le nom arbre du suicide décrit un usage documenté et toujours actuel dans certaines régions du sud de l'Inde, où les graines de la plante servent à mettre fin à ses jours. 3 Le noyau de la graine concentre la cerbérine, un poison cardiaque qui peut tuer un adulte après l'ingestion d'une seule graine. 5 Le nom pong-pong, lui, circule surtout dans la littérature scientifique anglophone d'Asie du Sud-Est, sans lien avec le danger de la graine. 6
Rien dans le port de l'arbre, un petit arbre littoral au feuillage brillant et aux fleurs blanches parfumées, ne laisse deviner sa toxicité mortelle. 2
Reconnaissance
Cerbera odollam est un arbre de taille moyenne : il atteint 8 à 12 m de hauteur à l'âge adulte, pour un étalement de 4 à 8 m, avec un tronc noueux et souvent contreforté à la base, couvert d'une écorce grise et rugueuse. 2
Les feuilles, groupées en bouquet à l'extrémité des rameaux, sont brillantes, vert foncé, étroitement obovales et terminées par une pointe fine. En fin de vie, les feuilles virent souvent à l'orange avant de tomber, un repère utile pour confirmer l'identification. 2
Les fleurs, blanches à cœur jaune, mesurent environ 5 à 7 cm et dégagent un parfum net. Toute feuille ou toute tige cassée libère un latex blanc laiteux, typique des Apocynaceae et irritant au contact. 7
Le fruit, vert puis virant au pourpre et enfin au noir violacé à pleine maturité, ressemble à une petite mangue : cette ressemblance favorise les empoisonnements accidentels, en particulier chez les jeunes enfants. Sous une écale fibreuse et légère, le fruit renferme un unique gros noyau, la partie la plus toxique de la plante, bien plus dangereuse que l'écorce ou les feuilles. 2 5
Taxonomie utile
Le nom accepté par Plants of the World Online est Cerbera odollam Gaertn. Une variété a longtemps circulé sous ce nom avant d'être rattachée à une espèce voisine :
- Cerbera odollam var. mugfordii F.M.Bailey, aujourd'hui classée comme synonyme de Cerbera manghas L.
- Odollam Adans., ancien nom de genre
- Tanghinia odollam (Gaertn.) G.Don
Ce déplacement de la var. mugfordii illustre un piège fréquent : la proximité de Cerbera manghas, l'espèce dite « manguier sauvage » ou « sea mango », partage avec C. odollam le même genre et une toxicité comparable, mais reste botaniquement distincte. Le repère stable demeure le nom scientifique complet. 1 8
Habitat et répartition
L'aire native de Cerbera odollam s'étend du sud de l'Inde et du Sri Lanka jusqu'au Pacifique occidental, en passant par l'Asie du Sud-Est continentale et insulaire et le nord de l'Australie. 1
L'espèce recherche les forêts littorales, l'arrière des mangroves, les berges de rivières et les zones marécageuses côtières, souvent en second rideau derrière les palétuviers. 6
Les fruits de Cerbera odollam flottent grâce à leur écale fibreuse et légère, ce qui permet aux graines de dériver sur de longues distances au fil des courants marins avant de germer sur une plage ou une berge éloignée. L'arbre est largement introduit comme arbre d'ornement dans les jardins tropicaux et les régions côtières chaudes, mais reste inadapté à toute exposition hivernale, même modérément fraîche. 7
Cycle et reproduction
Chez Cerbera odollam, la floraison et la fructification s'étalent sur une grande partie de l'année sous climat équatorial stable, sans repos hivernal marqué. 6
Une fois pollinisées, les fleurs donnent un fruit qui met plusieurs mois à mûrir, du vert initial jusqu'au noir violacé final. La multiplication se fait presque exclusivement par semis de graines fraîches ; le bouturage de bois semi-aoûté reste possible mais nettement moins utilisé en pratique. 6
En dehors de son aire native, l'arbre n'atteint jamais le même développement : la croissance ralentit nettement quand les températures descendent sous 22 °C, et l'espèce devient sensible en dessous de 10 °C.
Usages et risques
Le noyau de la graine concentre le principal danger : il renferme la cerbérine, un glycoside cardiotonique de la famille des cardénolides, accompagné de cerbéroside et d'odolline. Ces substances inhibent la pompe sodium-potassium des cellules cardiaques, un mécanisme proche de celui de la digoxine, et provoquent bradycardie, blocs de conduction et hyperkaliémie potentiellement mortels. 5 4
Une seule graine suffit parfois à tuer un adulte, et son goût amer se masque facilement dans un plat épicé, ce qui explique un usage documenté comme poison volontaire. Dans le Kerala, en Inde, une étude menée sur 11 ans (1989-1999) a recensé 537 décès, soit environ un par semaine, la majorité chez des femmes. 3
Une intoxication reste une urgence cardiologique : elle associe traitement symptomatique, atropine et parfois pose d'un stimulateur temporaire, sans garantie d'efficacité une fois les symptômes installés. Un cas nord-américain rapporté en 2018 a montré une évolution fatale malgré vingt flacons d'anticorps anti-digoxine. 5
En dehors de sa toxicité mortelle, l'écorce et les feuilles ont un usage traditionnel purgatif et vermifuge, et l'huile extraite des graines sert localement contre la gale, sans validation pharmaceutique moderne. 6
Variétés, confusions et plantes proches
Aucun cultivar horticole stable n'est documenté pour Cerbera odollam : l'espèce reste essentiellement à l'état sauvage ou semi-sauvage, sans sélection ornementale poussée.
Une confusion fréquente et bien documentée oppose Cerbera odollam à Cerbera manghas, une espèce sœur au fruit et à la fleur très proches, historiquement associée à Madagascar et à l'ordalie du tanguin, pratiquée jusqu'au XIXᵉ siècle pour juger de la culpabilité d'un accusé. Cette pratique concernait avant tout C. manghas, ce qui distingue son histoire de celle, plus récente et mieux documentée, de C. odollam en Asie du Sud. 8
Une seconde confusion, plus anodine mais réelle, oppose le fruit de Cerbera odollam à une jeune mangue (Mangifera indica) : la présence de latex blanc au moindre pédoncule cassé et la forme plus arrondie du fruit permettent de les distinguer sans ambiguïté.
Sources principales
- Plants of the World Online / Kew, Cerbera odollam Gaertn.
- NParks FloraFauna Singapore, Cerbera odollam
- PubMed, Gaillard et al. 2004, Cerbera odollam — a 'suicide tree' and cause of death in the state of Kerala, India
- PubMed, Cerbera odollam toxicity — a review
- PMC, Fatality Following Intentional Ingestion of Cerbera odollam Seeds
- Useful Tropical Plants database, Cerbera odollam
- Espèces-menacées.fr, Cerbera odollam — l'arbre du suicide
- Pl@ntUse / PROTA, Cerbera manghas
Questions fréquentes
Le Cerbera odollam est-il vraiment mortel ?
Oui. Le noyau de la graine contient de la cerbérine, un poison cardiaque qui peut être fatal après l'ingestion d'une seule graine, avec un goût facilement masqué dans un plat épicé.
Peut-on cultiver le Cerbera odollam comme arbre d'ornement ?
Il est planté comme arbre d'ombrage en Asie du Sud et du Sud-Est pour son feuillage et ses fleurs parfumées, mais jamais à proximité d'enfants ou d'animaux domestiques, en raison des graines tombées au sol.
Quelle est la différence entre Cerbera odollam et Cerbera manghas ?
Les deux espèces sont proches et toxiques, mais Cerbera manghas se distingue par une gorge florale plus longue et rougeâtre et des fruits souvent portés par deux. Cerbera manghas est historiquement associée à l'ordalie malgache du tanguin.
D'où vient le nom arbre du suicide ?
Ce surnom vient d'un usage documenté et toujours actuel dans certaines régions du Kerala, en Inde, où les graines de Cerbera odollam servent de moyen de suicide, avec plusieurs centaines de décès recensés sur onze années d'étude.
Le fruit du Cerbera odollam ressemble-t-il à une mangue ?
Oui, par sa forme et sa couleur changeante du vert au pourpre puis au noir. La présence d'un latex blanc au moindre pédoncule cassé permet toutefois de le distinguer sans ambiguïté d'une vraie mangue.
Comment traiter une intoxication au Cerbera odollam ?
Il s'agit d'une urgence cardiologique. La prise en charge associe traitement symptomatique, atropine et parfois pose d'un stimulateur temporaire ; l'efficacité des anticorps anti-digoxine reste variable une fois les symptômes installés.
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En cas de doute sur la toxicité d’une plante, demandez conseil à un botaniste ou à un vétérinaire.



