Plaquebière (Rubus chamaemorus, )
La plaquebière (Rubus chamaemorus L., 1753), aussi appelée chicouté ou mûre arctique, est une plante herbacée vivace des Rosaceae, native des tourbières acides et de la toundra circumboréale. Contrairement à la plupart des ronces, elle ne porte aucune épine, reste basse et dioïque, et produit un fruit composé qui vire du rouge à l'ambré à pleine maturité.
Lire la suitePlaquebière, Chicouté, Mûre arctique, Ronce des tourbières, Cloudberry et Bakeapple
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Répartition mondiale
POWO et l'IUCN décrivent une aire native circumboréale, des tourbières arctiques et subarctiques d'Eurasie froide jusqu'au Canada et au nord des États-Unis. En France métropolitaine, l'espèce est absente ; elle n'existe sur territoire français qu'à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Amérique du Nord.
- Native6
- Scandinavie et Russie boréale
- Îles britanniques et Irlande
- Canada et Alaska
- Nord des États-Unis
- Sibérie et Japon boréal
- Saint-Pierre-et-Miquelon
Hexagones : régions de présence. Points verts : aire native.1
Identité
La plaquebière (Rubus chamaemorus L., 1753), publiée par Linné dans le Species Plantarum, est une espèce acceptée du genre Rubus, dans la famille des Rosaceae. Contrairement aux ronces communes, la plaquebière ne porte aucune épine et reste herbacée, un port qui suffit à l'identifier au premier regard. 1 2
Le nom français plaquebière, attesté dès 1755 chez le botaniste Duhamel du Monceau sous la forme « plat de bièvre », viendrait d'un ancien terme désignant une nourriture de castor plutôt que d'un lien avec la boisson. La variante plate-bière reste employée à Saint-Pierre-et-Miquelon, seul territoire français où pousse l'espèce. 5
Au Québec, le nom chicouté vient du montagnais shikuteu, « feu », qui décrit la teinte rouge vif du fruit encore immature. L'anglais cloudberry reste d'origine débattue entre un lien avec les sommets brumeux d'Écosse et une déformation de « clod-berry », où clod désignait une motte de tourbe. 7
Reconnaissance
Rubus chamaemorus est une plante herbacée vivace basse, haute de 10 à 30 cm, à tige unique non ramifiée issue d'un rhizome traçant souterrain. Aucune épine ni aiguillon ne pousse sur cette tige : le critère écarte d'emblée les jeunes framboisiers ou ronces qui germent sur la même tourbe. 6 3
Les feuilles, simples et alternées, sont arrondies à reniformes, larges de 4 à 9 cm, découpées en 5 à 7 lobes peu profonds. Chaque tige ne porte qu'une seule fleur terminale, blanche, de 2 à 3 cm de diamètre, à 5 pétales. 6
Particularité rare chez les Rubus, l'espèce est strictement dioïque : un plant donné est soit mâle, soit femelle, jamais les deux. Le fruit, une petite drupe composée de plusieurs drupéoles soudées, mesure 15 à 20 mm, passe du rouge ferme à un ambré doré et mou à pleine maturité. 6 7
Taxonomie utile
POWO classe Rubus chamaemorus dans le sous-genre Chamaemorus, autrefois traité comme un genre distinct sous le nom de Chamaemorus chamaemorus (L.) House, avec des synonymes historiques comme Rubus nubis Gray et Rubus yessoicus Kuntze. 1
Ce classement séparé n'est pas un simple accident de nomenclature : l'espèce cumule des traits atypiques pour le genre, herbacée, dioïque et totalement inerme, alors que la plupart des Rubus sont des arbustes épineux à fleurs bisexuées groupées. 1 2
La variété Rubus chamaemorus var. pseudochamaemorus (Tolm.) Hultén, décrite en Extrême-Orient russe, reste rattachée à l'espèce type plutôt qu'à un taxon distinct. Le repère stable pour l'identification reste le nom accepté Rubus chamaemorus. 1
Habitat et répartition
L'aire native est circumboréale : tourbières acides et toundra arctique d'Eurasie froide, de la Scandinavie et de la Russie boréale jusqu'au Japon, ainsi que le Canada, l'Alaska et le nord des États-Unis. L'IUCN classe l'espèce en préoccupation mineure à l'échelle mondiale, malgré des reculs locaux liés au drainage des zones humides. 4
Aux îles Britanniques, la plante pousse surtout au-dessus de 600 m, jusqu'à plus de 1 160 m en Écosse, sur tourbe acide pauvre en bases. Son statut de conservation varie fortement selon les marges de l'aire : en danger critique en Irlande, quasi menacée au Pays de Galles, espèce prioritaire en Irlande du Nord. 7
En France métropolitaine, l'espèce est absente. Sur le territoire français, elle n'existe qu'à Saint-Pierre-et-Miquelon, en limite sud de son aire nord-américaine, où elle porte le nom local de plate-bière. Le sol doit rester acide, pH 3,5 à 5 : un pH supérieur à 5 provoque une chlorose rapide du feuillage et empêche l'installation durable du tapis. 5 3
Cycle et reproduction
La floraison a lieu de juin à août selon la latitude, chaque tige portant une unique fleur blanche. Comme l'espèce est dioïque, la fructification exige la présence d'un plant mâle et d'un plant femelle à proximité. Sans partenaire de l'autre sexe, la floraison n'entraîne jamais de fruit, même chez une colonie qui fleurit abondamment chaque été. 6
Le fruit mûrit de juillet à septembre, passant d'un rouge ferme à un ambré mou nettement plus doux au goût. La plante se propage surtout par rhizome traçant souterrain, ce qui explique pourquoi de vastes tapis restent parfois stériles : ils descendent tous d'un seul individu, donc d'un seul sexe. 7
L'obligation de réunir les deux sexes a motivé des programmes de sélection nordiques : les clones femelles Fjellgull et Fjordgull sont associés aux clones mâles pollinisateurs Apollen et Apolto, tandis que le clone finlandais Nyby, hermaphrodite, reste une exception rare à la dioécie de l'espèce.
Usages et risques
Le fruit mûr est comestible cru ou cuit, traditionnellement récolté par les peuples arctiques pour sa forte teneur en vitamine C, un apport précieux en l'absence d'autres fruits frais. Le fruit contient aussi des ellagitannines, des anthocyanes et de l'acide benzoïque, un conservateur naturel qui permet de le conserver sans sucre ajouté. 8
La composition chimique du fruit varie fortement selon l'habitat : les baies récoltées en plein soleil contiennent plus d'acide citrique, celles des sites plus frais et humides accumulent davantage d'anthocyanes. 8
Aucune source ne signale de toxicité pour l'humain ou les animaux domestiques. Les feuilles et la racine ont un usage traditionnel occasionnel en fébrifuge, sans validation médicale moderne établie. 3
En Norvège, le droit d'accès public autorise quiconque à cueillir des plaquebières sur un terrain non clos, mais seuls les résidents locaux peuvent en transporter hors de la commune de récolte dans certains comtés du nord, une règle qui illustre la valeur économique du fruit sauvage.
Variétés, confusions et plantes proches
Le commerce reste marginal : la plaquebière n'est pas cultivée à grande échelle, mais quelques clones de sélection existent pour la production nordique, dont les femelles Fjellgull et Fjordgull, les mâles pollinisateurs Apollen et Apolto, et l'hermaphrodite finlandais Nyby.
La confusion la plus fréquente sur le terrain concerne de jeunes semis de ronce ou de framboisier poussant sur la même tourbe : ces derniers portent des épines et des feuilles composées à plusieurs folioles, deux traits absents chez la plaquebière, dont la feuille reste simple et arrondie. 6
Le nom anglais « salmonberry » désigne parfois la plaquebière, mais dans la majorité des usages courants, il renvoie à Rubus spectabilis, un arbuste épineux nord-américain sans rapport de port avec cette herbacée basse ; seul le binôme scientifique lève l'ambiguïté. 1
Sources principales
- Plants of the World Online / Kew, Rubus chamaemorus L.
- International Plant Names Index, Rubus chamaemorus L.
- Plants For A Future, Rubus chamaemorus
- IUCN Red List, Rubus chamaemorus assessment
- INPN, Rubus chamaemorus L., 1753, plaquebière
- Go Botany / Native Plant Trust, Rubus chamaemorus
- Botanical Society of Britain and Ireland, Rubus chamaemorus
- Jaakkola et al. 2012, Chemical composition of ripe fruits of Rubus chamaemorus grown in different habitats
Questions fréquentes
La plaquebière est-elle toxique ?
Non. Le fruit mûr est comestible cru ou cuit et riche en vitamine C. Aucune source vétérinaire ne classe la plante comme toxique pour l'humain, le chat ou le chien.
Pourquoi ma plaquebière ne fait-elle jamais de fruits ?
L'espèce est dioïque, avec des plants strictement mâles ou strictement femelles. Sans un pied de chaque sexe à proximité, la pollinisation est impossible et la colonie ne fructifie jamais, même en fleurissant abondamment.
La plaquebière pousse-t-elle en France ?
Pas en France métropolitaine. Sur le territoire français, elle n'existe naturellement qu'à Saint-Pierre-et-Miquelon, en limite sud de son aire circumboréale nord-américaine.
Quelle est la différence entre la plaquebière et la framboise ?
La plaquebière est une herbacée basse et dioïque, sans épines, à fleur unique et fruit ambré à maturité. Le framboisier (Rubus idaeus) est un arbuste épineux à nombreuses fleurs groupées et fruits rouges.
Peut-on cultiver la plaquebière au jardin ?
Oui, mais seulement en conditions de tourbière acide en permanence humide, avec un pied mâle et un pied femelle. La plante supporte mal les étés chauds et reste réservée aux climats froids, zones USDA 2 à 4.
D'où vient le nom chicouté ?
Ce nom québécois vient du montagnais shikuteu, « feu », qui décrit la couleur rouge vif du fruit avant sa maturation, bien avant qu'il ne devienne ambré.
Quand récolter la plaquebière ?
À la couleur, pas seulement à la taille. Le fruit mûr passe du rouge ferme à un ambré doré et devient nettement plus mou ; récolté trop tôt, il reste dur et acide.
Plantes similaires
En cas de doute sur la toxicité d’une plante, demandez conseil à un botaniste ou à un vétérinaire.





