Airelle des marais (Vaccinium uliginosum, )
L'airelle des marais (Vaccinium uliginosum), ou myrtille des marais, est un sous-arbrisseau caduc de la famille des Ericaceae, réparti sur l'ensemble des tourbières et toundras circumboréales de l'hémisphère Nord. Ses tiges rondes brunes, ses feuilles entières glauques et son fruit à chair blanche la distinguent nettement de la myrtille commune, une confusion fréquente sur le terrain qui a nourri des siècles de légendes sur sa toxicité supposée.
Lire la suiteAirelle des marais, Myrtille des marais, Airelle des fanges, Airelle bleue, Orcette et Bog bilberry
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Taken Jan 1, 1800 by Tela Botanica − Thierry Pernot (cc-by-sa)
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Répartition mondiale
L'aire native de Vaccinium uliginosum couvre les régions arctiques et subarctiques de l'hémisphère Nord, de l'Alaska au Groenland et de la Scandinavie à l'Extrême-Orient russe et au Japon. En dehors de ce cœur arctique, l'espèce se maintient en montagne, sur des populations disjointes des Alpes, des Pyrénées, du Jura, des Vosges et des Montagnes Rocheuses, toujours en tourbière ou en toundra d'altitude.
- Native9
- France
- Norvège
- Groenland
- Russie
- Japon
- Canada
- États-Unis
- Chine
- Mongolie
Hexagones : régions de présence. Points verts : aire native.1
Identité
L'airelle des marais (Vaccinium uliginosum L., 1753), ou myrtille des marais, est un sous-arbrisseau caduc de la famille des Ericaceae, réparti sur l'ensemble des tourbières et toundras de l'hémisphère Nord. Son épithète uliginosum vient du latin uliginosus, « qui pousse en terrain marécageux », un nom qui décrit exactement son habitat plutôt que son fruit ou sa couleur. 1 8
En français, l'airelle des marais porte aussi les noms d'airelle des fanges, airelle bleue ou orcette selon les régions. En allemand, elle se nomme Rauschbeere, « baie qui enivre » ; en slovaque, Šialenica, « baie folle ». Ces deux noms entretiennent une réputation de toxicité restée vivace en Europe centrale, alors qu'elle est absente en Amérique du Nord et en Asie. 5
Reconnaissance
Repérer Vaccinium uliginosum commence par la tige : contrairement à la myrtille commune, ses rameaux sont ronds et brunâtres, jamais anguleux ni verts. 3 2
Le sous-arbrisseau de l'airelle des marais reste bas, entre 10 et 75 cm de hauteur, rarement plus, et forme un tapis dense sur la tourbe. Ses feuilles sont entières, glauques, ovales à presque rondes, sans dentelure, un repère fiable qui l'écarte d'emblée de sa cousine la myrtille commune, aux feuilles finement dentées. 3
La fleur, une urne penchée blanc rosé de 4 à 6 mm, apparaît par deux ou trois à l'aisselle des feuilles au printemps ; elle donne un fruit sphérique bleu-noir de 5 à 8 mm de diamètre, couvert d'une fine pruine, à chair blanche ou verdâtre qui ne tache presque pas les doigts. Cette chair pâle contraste nettement avec la chair rouge-violet et colorante de la myrtille commune. 2 3
Taxonomie utile
Le nom accepté par POWO et Kew reste Vaccinium uliginosum L., espèce type d'un genre qui compte plusieurs sous-espèces reconnues. La sous-espèce uliginosum, autonyme, couvre l'essentiel de l'aire circumboréale ; la sous-espèce vulcanorum (Kom.) Alsos & Elven, plus récente, reste localisée en Extrême-Orient russe sur substrat volcanique subalpin. 1
De nombreux autres noms de rang variétal ou subspécifique, dont Vaccinium uliginosum var. alpinum Bigelow et Vaccinium uliginosum var. pubescens (Wormsk. ex Hornem.) Hornem., ont longtemps désigné des populations naines ou velues de haute montagne ; POWO les rattache aujourd'hui en synonymie à l'espèce type. Le repère stable reste donc le nom binomial complet. 1
Habitat et répartition
L'aire native de Vaccinium uliginosum couvre les régions arctiques et subarctiques de l'hémisphère Nord, de l'Alaska au Groenland et de la Scandinavie à l'Extrême-Orient russe et au Japon. Elle se maintient aussi, hors de ce cœur circumboréal, sur des populations disjointes de montagne tempérée. 4 8
En France, l'airelle des marais se trouve dans les Alpes, le Jura, les Vosges et les Pyrénées, en tourbière, en lande humide ou en pelouse subalpine acidiphile, généralement entre 900 et 1 800 m selon le massif. Plusieurs départements de montagne encadrent sa cueillette par arrêté préfectoral. 6
L'habitat reste toujours acide et gorgé d'eau : tourbières hautes, landes à sphaignes, toundra ouverte ou sous-bois clair de conifères boréaux. Le tapis rhizomateux que forme l'airelle des marais stabilise la surface de la tourbière et nourrit une faune arctique entière, du lagopède à l'ours noir. Selon NatureServe, l'espèce reste globalement stable à l'échelle mondiale, bien que certaines populations de montagne restent localement fragiles à cause du drainage des tourbières. 4 7
Cycle et reproduction
Chez l'airelle des marais, la floraison a lieu au printemps ; chaque fleur, pollinisée par les insectes, donne un fruit qui mûrit lentement, de juillet à septembre selon la latitude et l'altitude. 4
La multiplication naturelle passe surtout par les rhizomes souterrains, qui étendent la colonie en tapis continu sur la tourbe ; les racines s'enfoncent seulement à 15-20 cm de profondeur, une adaptation aux sols gorgés d'eau et peu oxygénés. La reproduction par graine reste rare une fois une colonie installée. 4
Après un incendie de toundra ou de tourbière boisée, la plante rejette depuis ses rhizomes protégés par la tourbe humide, avec un pic de production de fruits observé entre 50 et 120 ans après le passage du feu. 4
Usages et risques
Le fruit de l'airelle des marais se consomme cru ou cuit, en confiture ou en tarte, une tradition ancienne dans les régions arctiques et boréales. Contrairement à une croyance répandue en Europe centrale et véhiculée par les noms allemand et slovaque de la plante, une revue scientifique récente n'a trouvé aucune preuve chimique de toxicité dans le fruit, ni sur un cœur de chat testé, ni sur des tissus isolés de chien. 5
Les hypothèses avancées pour expliquer cette réputation, contamination du fruit par le champignon Monilinia, ou confusion de cueillette avec une autre plante toxique poussant dans le même habitat, restent non confirmées. La revue conclut que l'écart tient surtout à une différence culturelle entre régions de cueillette, non à une différence chimique du fruit lui-même. 5
En usage traditionnel, feuilles et fruits séchés se préparent aussi en tisane. Le fruit est une bonne source de vitamine C et se conserve bien séché, à la manière d'un raisin. 2
Variétés, confusions et plantes proches
La confusion la plus fréquente oppose l'airelle des marais à la myrtille commune (Vaccinium myrtillus) : cette dernière porte des tiges vertes anguleuses et un fruit à chair rouge-violet colorante, alors que Vaccinium uliginosum a des tiges rondes brunes et une chair blanche qui tache à peine. 3
Deux autres plantes de tourbière prêtent à confusion sur le terrain : Empetrum nigrum, la camarine noire, à feuillage en aiguilles persistantes très différent du feuillage large de l'airelle des marais, et Vaccinium vitis-idaea, l'airelle rouge, à feuillage persistant coriace et fruit rouge en grappe. 3
Un sol calcaire ou drainé, au pH supérieur à 6, provoque rapidement une chlorose par carence en fer, un signe fiable que la plante a été installée hors de ses conditions natives de tourbière acide. 2
Sources principales
- Plants of the World Online / Kew, Vaccinium uliginosum L.
- Plants For A Future, Vaccinium uliginosum
- Trees and Shrubs Online, Vaccinium uliginosum
- US Forest Service FEIS, Vaccinium uliginosum species review
- Frontiers in Toxicology, bog bilberry alleged toxicity review
- INPN MNHN, Vaccinium uliginosum L., 1753
- NatureServe Explorer, Vaccinium uliginosum
- Wikipedia EN, Vaccinium uliginosum
Questions fréquentes
L'airelle des marais est-elle toxique ?
Une revue scientifique récente n'a trouvé aucune preuve chimique de toxicité dans le fruit. La réputation de baie enivrante ou toxique, forte en Europe centrale, reste absente en Amérique du Nord et en Asie, où la même espèce se consomme couramment.
Comment distinguer l'airelle des marais de la myrtille commune ?
Vaccinium myrtillus a des tiges vertes anguleuses, des feuilles dentées et une chair de fruit rouge-violet qui tache. Vaccinium uliginosum a des tiges rondes brunes, des feuilles entières glauques et une chair blanche qui ne tache presque pas.
Pourquoi l'airelle des marais a-t-elle une réputation de baie qui enivre ?
Le nom allemand Rauschbeere et le nom slovaque Šialenica véhiculent cette croyance depuis des siècles. Les hypothèses avancées, champignon parasite ou confusion avec une autre plante toxique poussant dans le même habitat, restent non confirmées.
Où pousse l'airelle des marais en France ?
L'espèce se trouve en montagne, dans les Alpes, le Jura, les Vosges et les Pyrénées, toujours en tourbière ou en lande humide acidiphile, entre 900 et 1 800 m selon le massif.
Peut-on cultiver l'airelle des marais au jardin ?
C'est possible en bac tourbeux maintenu humide, en climat frais. La plante reste cependant surtout récoltée à l'état sauvage, car sa croissance en tourbière naturelle est très lente à reproduire en culture.
Le fruit de l'airelle des marais se mange-t-il comme une myrtille ?
Oui, cru ou cuit, en confiture ou en tarte, dans les régions arctiques et boréales où il est traditionnellement récolté. Sa chair blanche et son goût plus discret le distinguent du fruit rouge-violet de la myrtille commune.
Plantes similaires
En cas de doute sur la toxicité d’une plante, demandez conseil à un botaniste ou à un vétérinaire.








