Camarine noire (Empetrum nigrum, )
La camarine noire (Empetrum nigrum) est un sous-arbrisseau rampant et persistant de la famille des Ericaceae, réparti tout autour de l'hémisphère nord, des tourbières arctiques aux sommets des Alpes et des Pyrénées. Elle forme un tapis dense à feuilles linéaires, porte de minuscules fleurs rosâtres au printemps sur des pieds mâles et femelles séparés, puis des baies noires luisantes comestibles mais peu sucrées.
Lire la suiteCamarine noire, Camarine, Black crowberry, Crowberry, Kraaihei et Schwarze Krähenbeere
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Répartition mondiale
L'aire native d'Empetrum nigrum est circumboréale et couvre le Groenland, l'Islande, la Scandinavie, la Russie et le nord de l'Amérique du Nord, avec des extensions isolées vers le sud limitées aux tourbières et aux étages montagnard à alpin (Écosse, Alpes, Pyrénées, Corse, Japon). En France, l'espèce reste rare et protégée dans plusieurs régions.
- Native9
- Islande
- Norvège
- Russie
- Canada
- États-Unis
- Groenland
- France
- Japon
- Royaume-Uni
Hexagones : régions de présence. Points verts : aire native.1
Identité
La camarine noire (Empetrum nigrum L., 1753) est un sous-arbrisseau rampant et persistant de la famille des Ericaceae. Le nom de genre vient du grec ancien et signifie littéralement « sur la roche », tandis que l'épithète nigrum décrit en latin la couleur noire du fruit mûr. 1 6
L'espèce a longtemps formé sa propre famille, les Empetraceae, avant que les analyses moléculaires récentes ne l'intègrent aux Ericaceae. Le genre Empetrum constitue désormais la tribu des Empetreae, dans la sous-famille des Ericoideae, aux côtés des bruyères dont il partage les exigences de sol acide et pauvre. 6 1
Le nom français fait référence à la couleur des fruits ; il coexiste avec le nom anglais crowberry, qui évoque plutôt les corvidés friands de ces baies en automne et en hiver. 5 4
Reconnaissance
Empetrum nigrum forme un tapis bas dont les tiges rougeâtres à vertes, rampantes et minutieusement duveteuses jeunes, mesurent 15 à 45 cm de haut. Les feuilles persistantes, linéaires et coriaces, longues de seulement 4 à 6 mm, portent des bords enroulés qui dissimulent une face inférieure duveteuse : cette forme protège la plante d'une perte d'eau excessive, un avantage décisif dans les climats venteux et froids qu'elle occupe. 5 7
Les fleurs, minuscules et discrètes, mesurent 1 à 3 mm et se nichent à l'aisselle des feuilles près de l'extrémité des rameaux de l'année précédente. Colorées de rose à pourpre, elles sont pollinisées par le vent. Dans la plupart des populations, la plante est dioïque : les fleurs mâles et femelles poussent sur des pieds séparés, ce qui empêche tout individu isolé de produire des fruits. 7 5
Le fruit qui suit la floraison des pieds femelles est une drupe noire luisante de 4 à 5 mm, juteuse, contenant 6 à 9 graines dures. Il persiste souvent sur la plante tout l'hiver, un repère fiable pour distinguer la camarine d'autres couvre-sols acidophiles à floraison plus visible. 7 3
Taxonomie utile
POWO ne reconnaît que deux sous-espèces actuelles pour Empetrum nigrum : la forme type, subsp. nigrum, dioïque et largement répandue en plaine et en zone arctique, et subsp. hermaphroditum, une forme tétraploïde à fleurs bisexuées, plus compacte, aux extrémités de tige vertes, propre aux zones montagnardes et nordiques. La forme type exige deux pieds de sexes séparés pour fructifier, ce qui empêche toute production de fruits chez un pied isolé ; la sous-espèce hermaphroditum fructifie à partir d'un seul individu. 8 5
Plusieurs autres noms circulent dans la littérature botanique et méritent d'être resitués comme synonymes de l'espèce type plutôt que comme des taxons distincts, dont Empetrum sibiricum V.N.Vassil., Empetrum nigrum var. purpureum (Raf.) A.DC. et une forme à fruits blancs, Empetrum nigrum f. leucocarpum Asch. ex Neuman, occasionnellement proposée en pépinière comme curiosité. 1
Le nom accepté par POWO, Empetrum nigrum L., publié par Linné en 1753 dans Species Plantarum, sert de repère unique face à ces synonymes : il suffit d'y ajouter la sous-espèce, nigrum ou hermaphroditum, quand elle est identifiée. 1
Habitat et répartition
L'aire native d'Empetrum nigrum est circumboréale : elle couvre le Groenland, l'Islande, la Scandinavie, la Russie et le nord de l'Amérique du Nord, avec des populations qui redescendent vers le sud uniquement dans les tourbières et les étages montagnard à alpin des massifs d'Europe (Écosse, Alpes, Pyrénées, Corse) et d'Asie (Japon). 2 3
L'espèce recherche des sols pauvres, acides et souvent humides : tourbières, landes de bruyère, dunes littorales et sommets rocheux exposés au vent. Un sol calcaire, dont le pH dépasse 6, bloque l'assimilation du fer chez la camarine et déclenche une chlorose qui freine sa croissance, la limite la plus stricte de sa culture hors de son climat d'origine. En France, elle reste rare, présente surtout sur les dunes atlantiques d'Aquitaine et en Corse montagnarde, et bénéficie d'une protection réglementaire en Rhône-Alpes, en Auvergne et en Franche-Comté. 4 2
Malgré cette rareté régionale, l'espèce reste classée en préoccupation mineure à l'échelle mondiale, sa large répartition circumpolaire compensant largement les populations isolées et menacées en limite méridionale de son aire. 4
Cycle et reproduction
La floraison a lieu au printemps, souvent dès mars en climat océanique et plus tard en zone arctique. Le vent assure l'essentiel de la pollinisation entre pieds mâles et femelles ; sans les deux sexes à proximité, une plante dioïque isolée ne produira jamais de fruits, à la différence de la sous-espèce hermaphrodite qui s'autoféconde. 7 5
Les fruits mûrissent en fin d'été et persistent souvent sur la plante durant tout l'hiver. Oiseaux, ours et renards arctiques les consomment et dispersent ainsi les graines à tégument dur, qui exigent une stratification au froid prolongée avant de germer, une dormance qui explique une multiplication par semis lente et rarement utilisée en horticulture face au bouturage. 2
Dans son milieu naturel, la propagation végétative domine largement : les tiges rampantes s'enracinent à chaque contact prolongé avec un sol humide, ce qui permet à un même individu de former, au fil des décennies, un tapis clonal de plusieurs mètres carrés. 5 7
Usages et risques
Le fruit de la camarine noire est comestible, mais son goût reste discret et légèrement acidulé, meilleur après les premières gelées. Il se consomme cru ou cuisiné en confiture, en tarte ou en boisson ; en Islande, il fait l'objet d'une récolte commerciale pour ces mêmes usages. 2 5
Chez plusieurs peuples circumpolaires, cette baie constitue une ressource alimentaire arctique traditionnelle majeure, congelée pour l'hiver et désignée par des noms qui décrivent directement sa couleur, comme paurngait en inuktitut, littéralement « qui ressemble à la suie ». 6
Aucune toxicité n'est documentée, ni pour l'humain ni pour les animaux de compagnie. Les fruits contiennent aussi des flavonoïdes et des composés antioxydants, une composition qui alimente un intérêt scientifique récent pour leurs effets bénéfiques sur la santé. 2 9
Les usages médicinaux traditionnels, diurétiques ou astringents contre les troubles digestifs, restent documentés uniquement dans la pharmacopée populaire, sans validation clinique moderne équivalente à celle d'autres Ericaceae comme la busserole. 2
Variétés, confusions et plantes proches
L'espèce ne compte pas de cultivars horticoles stables et diffusés ; le commerce propose surtout la forme type, parfois une forme à fruits blancs vendue comme curiosité, correspondant à la variété leucocarpum décrite dans la synonymie botanique. 1
Les confusions les plus fréquentes concernent trois autres Ericaceae de lande acide au port bas. Vaccinium myrtillus, la myrtille, perd ses feuilles en hiver, contrairement au feuillage persistant de la camarine. Vaccinium uliginosum partage l'habitat tourbeux mais reste également caduque, avec des feuilles ovales plus larges. Vaccinium vitis-idaea, l'airelle rouge, garde un feuillage persistant mais porte des feuilles ovales finement dentées, bien différentes des feuilles linéaires et entières de la camarine. Sur les dunes ibériques, un genre proche, Corema, comprend la camarine blanche, aux fruits pâles plutôt que noirs. 5
Sources principales
- Plants of the World Online / Kew, Empetrum nigrum L.
- Plants For A Future, Empetrum nigrum - crowberry
- Encyclopaedia Britannica, crowberry
- Tela Botanica / eFlore, Empetrum nigrum L.
- Wikipédia (FR), Camarine noire (Empetrum nigrum)
- Wikipedia (EN), Empetrum nigrum
- Native Plant Trust Go Botany, Empetrum nigrum - black crowberry
- Florealpes, Empetrum nigrum subsp. hermaphroditum - camarine hermaphrodite
- Ochmian et al., Black Crowberry (Empetrum nigrum L.) Flavonoids and Their Health Promoting Activity, PMC
Questions fréquentes
La camarine noire est-elle toxique ?
Non. Aucune source de référence ne signale de toxicité pour l'humain ou les animaux de compagnie ; les baies sont considérées comme comestibles, bien que peu sucrées et souvent farineuses.
Peut-on manger les baies de camarine noire ?
Oui. Elles se consomment crues ou cuisinées en confiture, en tarte ou en boisson, avec un goût qui s'améliore après les premières gelées ; elles constituent une ressource alimentaire arctique traditionnelle importante.
Quelle différence entre la camarine type et la camarine hermaphrodite ?
La forme type, subsp. nigrum, est dioïque, avec des pieds mâles et femelles séparés ; la sous-espèce hermaphroditum, plus compacte et installée en montagne ou en Arctique, porte des fleurs bisexuées sur un même pied et peut donc fructifier seule.
Où pousse la camarine noire en France ?
L'espèce reste rare, présente surtout sur les dunes atlantiques et dans quelques massifs montagneux (Alpes, Auvergne, Jura, Corse) ; elle bénéficie d'une protection réglementaire dans plusieurs régions.
Comment multiplier la camarine noire au jardin ?
Le marcottage naturel de tiges déjà enracinées et le bouturage de segments prélevés sur un tapis établi donnent les meilleures reprises ; le semis fonctionne aussi, mais reste lent et demande une stratification au froid.
Confond-on la camarine avec la myrtille ou l'airelle ?
Oui, ce sont trois Ericaceae de lande acide au port bas, mais la camarine garde un feuillage persistant et linéaire toute l'année, alors que la myrtille perd ses feuilles en hiver et l'airelle rouge porte des feuilles ovales finement dentées.
La camarine appartient-elle encore à la famille des Empetraceae ?
Non. Les analyses moléculaires récentes ont intégré cette ancienne famille dans les Ericaceae, où le genre Empetrum forme désormais la tribu des Empetreae au sein de la sous-famille des Ericoideae.
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En cas de doute sur la toxicité d’une plante, demandez conseil à un botaniste ou à un vétérinaire.






