Tépezcohuite (Mimosa tenuiflora, )
Le tépezcohuite (Mimosa tenuiflora) est un arbre ou arbuste épineux de la famille des Fabaceae, originaire du sud du Mexique jusqu'au nord-est du Brésil. Il colonise les forêts sèches et la caatinga, où son écorce sert depuis des siècles à cicatriser les plaies et les brûlures. Racines et écorce concentrent aussi des alcaloïdes indoliques psychoactifs, ce qui en fait à la fois une plante rituelle du nord-est brésilien et une espèce au statut légal contrasté selon les pays.
Lire la suiteTépezcohuite, Arbre de peau, Jurema preta, Jurema noire, Mimosa hostilis et Calumbi
Placez en plein soleil, lumière directe intense toute la journée.






© photo
(c) Eric van den Berghe, some rights reserved (CC BY-NC), uploaded by Eric van den Berghe · cc-by-nc
Breno Figueiredo · cc-by
Arlucio C. Ribeiro Filho · cc-by
© copyright of the Board of Trustees of the Royal Botanic Gardens, Kew.
Répartition mondiale
L'aire native de Mimosa tenuiflora s'étend du sud du Mexique au Venezuela, en passant par le Salvador, le Honduras, le Panama et la Colombie, jusqu'au nord-est du Brésil. Hors de cette aire, l'espèce reste cantonnée aux climats tropicaux ou subtropicaux sans gel ; elle n'est pas documentée comme naturalisée ou envahissante en dehors de son aire d'origine.
- Native7
- Mexique
- Salvador
- Honduras
- Panama
- Colombie
- Venezuela
- Brésil
Hexagones : régions de présence. Points verts : aire native.1
Identité
Le tépezcohuite (Mimosa tenuiflora (Willd.) Poir., 1810), aussi appelé jurema preta au Brésil, est un arbre ou arbuste épineux de la famille des Fabaceae, dans le genre Mimosa. Sur le terrain, l'espèce se signale d'abord par son écorce brun-rougeâtre et épaisse, récoltée sur des troncs de 20 à 30 cm de diamètre pour un usage cicatrisant traditionnel, un repère plus net que la forme globale de l'arbre. Décrite d'abord par Willdenow sous le genre Acacia, l'espèce a été transférée dans le genre Mimosa par Jean Louis Marie Poiret en 1810. POWO retient aujourd'hui ce dernier nom comme référence acceptée. 1 2
Le nom tépezcohuite viendrait du nahuatl, associant tepuztli (fer) et cuahuitl (arbre), une référence probable à la dureté du bois ou à la couleur rougeâtre de l'écorce séchée. Au Brésil, le même arbre porte le nom de jurema preta : son écorce et ses racines entrent dans la préparation d'une boisson rituelle utilisée depuis l'époque coloniale par les peuples indigènes du nord-est. 4
Reconnaissance
Mimosa tenuiflora est un arbre ou arbuste très épineux, au tronc légèrement incliné, qui atteint couramment 4 à 6 m de hauteur pour un diamètre de tronc de 20 à 30 cm. Sa couronne reste éparse et irrégulière, et le bois, dense et durable, sert localement de bois de feu et de charbon. 3
Le feuillage, bipenné, associe de nombreuses petites folioles, un trait partagé par la plupart des Mimosa. Les fleurs, blanches et parfumées, se regroupent en épis cylindriques lâches à l'aisselle des feuilles ; dans l'hémisphère nord, la floraison s'étend de novembre à juin ou juillet, tandis qu'elle culmine plutôt de septembre à janvier dans l'hémisphère sud. 3
L'écorce brun-rougeâtre et épaisse guide l'identification sur le terrain, plus sûrement que la silhouette de la couronne : elle est récoltée sur le tronc et les racines pour les usages médicinaux traditionnels. Les jeunes rameaux, eux, portent des épines courtes et acérées, un repère immédiat pour la récolte comme pour l'identification. 4
Taxonomie et noms
Le nom accepté par POWO est Mimosa tenuiflora (Willd.) Poir., dont le basionyme, publié par Willdenow, plaçait initialement l'espèce dans le genre Acacia. Publié par Bentham en 1875 puis ramené en synonymie, Mimosa hostilis Benth. reste pourtant plus utilisé dans le commerce en ligne que le nom scientifique accepté lui-même : il circule largement sous l'étiquette « Mimosa hostilis root bark ». 1 2
Cette double vie du nom, accepté d'un côté par la taxonomie et toujours vendu de l'autre sous son ancien synonyme, entretient la confusion en ligne : un produit étiqueté Mimosa hostilis et un autre étiqueté Mimosa tenuiflora désignent exactement la même écorce.
Habitat et répartition
L'aire native de Mimosa tenuiflora s'étend du sud du Mexique au Venezuela, en passant par le Salvador, le Honduras, le Panama et la Colombie, jusqu'au nord-est du Brésil. 1 4
L'espèce colonise en priorité les forêts sèches et la caatinga, la végétation semi-aride typique du nord-est brésilien, en particulier les formations secondaires installées sur des sols alluviaux profonds et souvent alcalins, du niveau de la mer jusqu'à environ 1000 m d'altitude. 3
Hors de son aire native, Mimosa tenuiflora reste cantonnée aux climats tropicaux et subtropicaux : le gel est fatal à l'espèce, ce qui exclut toute naturalisation en France métropolitaine ou dans les autres régions tempérées où elle n'est pas documentée comme envahissante. 3
Cycle et reproduction
Chez cette espèce pionnière et fixatrice d'azote, la floraison précède souvent le plein retour du feuillage après la saison sèche. Les gousses aplaties et segmentées, typiques des Fabaceae du clade mimosoïde, libèrent des graines au tégument dur et imperméable à l'eau. 3
Cette dormance physique freine la germination naturelle : en culture, une scarification mécanique ou un trempage préalable des graines améliore nettement la levée, généralement obtenue en une à trois semaines après traitement. Une fois installé, le jeune plant affiche une croissance rapide, avec des épines déjà visibles sur les premiers rameaux.
Usages et risques
L'écorce du tépezcohuite est utilisée depuis des siècles au Mexique pour cicatriser les plaies, les brûlures et les affections cutanées ; des essais cliniques randomisés confirment cet usage traditionnel, avec une réduction de 92 % de la surface d'un ulcère veineux après huit semaines de traitement par un hydrogel à base d'extrait d'écorce standardisé en tanins. 6 5
Des arabinogalactanes isolées de l'écorce stimulent la prolifération des fibroblastes dermiques in vitro, un mécanisme moléculaire plausible pour expliquer l'effet cicatrisant observé en clinique. En 1984, après l'explosion d'un terminal gazier près de Mexico qui a fait des milliers de brûlés, l'écorce de tépezcohuite a été employée à grande échelle pour traiter les victimes, un épisode qui a relancé l'intérêt scientifique pour la plante. 7 4
La racine et l'écorce concentrent aussi des alcaloïdes indoliques, dont la N,N-diméthyltryptamine (DMT), à l'origine de leur usage rituel dans le Culto da Jurema, une tradition afro-indigène du nord-est brésilien. Côté bétail, les graines et le feuillage frais sont tératogènes chez les ruminants gestants : des études contrôlées documentent des malformations congénitales, dont des fentes labiales et des anomalies oculaires, chez des chevreaux et des agneaux nés de mères ayant consommé la plante en fin de gestation. Faute d'éloignement des troupeaux pendant la floraison et la fructification, les femelles gestantes ingèrent gousses ou jeunes pousses et développent ces malformations. 8 9
Statut légal, confusions et plantes proches
Le statut légal du tépezcohuite varie fortement selon les pays. L'écorce et les racines, vendues pour la teinture, la vannerie ou le soin de la peau, restent légales dans la plupart des juridictions ; la DMT qu'elles contiennent, en revanche, figure parmi les substances classées dans de nombreux pays, dont la France, ce qui rend l'extraction et la consommation de la molécule illégales même là où la plante elle-même circule librement. 4
La confusion la plus fréquente oppose Mimosa tenuiflora à son propre synonyme, Mimosa hostilis, bien plus qu'à toute autre espèce : il ne s'agit pourtant pas de deux plantes distinctes. Une confusion plus rare concerne d'autres jurema du genre Mimosa, notamment Mimosa ophthalmocentra, la jurema branca, aux épines et au feuillage superficiellement proches mais à l'écorce moins recherchée pour un usage médicinal. Le nom scientifique accepté, Mimosa tenuiflora, reste plus fiable que les noms commerciaux avant tout achat d'écorce ou de racines.
Sources principales
- Plants of the World Online / Kew, Mimosa tenuiflora (Willd.) Poir.
- International Plant Names Index, Mimosa tenuiflora (Willd.) Poir.
- Useful Tropical Plants Database, Mimosa tenuiflora
- Wikipedia (EN), Mimosa tenuiflora
- Albuquerque, 2006, medicinal plant knowledge in the Caatinga, Journal of Ethnobiology and Ethnomedicine
- Rivera-Arce et al., 2007, Mimosa tenuiflora cortex extract in venous leg ulceration treatment, Journal of Ethnopharmacology
- Zippel et al., 2009, arabinogalactans from Mimosa tenuiflora bark and wound-healing activity, Journal of Ethnopharmacology
- Medeiros et al., 2008, teratogenicity of Mimosa tenuiflora seeds to pregnant rats, Toxicon
- Pimentel et al., 2007, Mimosa tenuiflora as a cause of malformations in ruminants, Veterinary Pathology
Questions fréquentes
Mimosa tenuiflora et Mimosa hostilis sont-ils la même plante ?
Oui. Mimosa hostilis est un synonyme botanique de Mimosa tenuiflora, le nom aujourd'hui accepté par POWO. Le nom hostilis continue cependant de circuler largement dans le commerce international de l'écorce.
Le tépezcohuite est-il toxique ?
L'écorce séchée, utilisée en usage externe pour la peau, n'est pas documentée comme dangereuse. Les graines et le feuillage frais, en revanche, sont tératogènes pour le bétail gestant, en particulier les ovins et les caprins.
Pourquoi l'écorce de Mimosa tenuiflora contient-elle de la DMT ?
La racine et l'écorce concentrent des alcaloïdes indoliques, dont la N,N-diméthyltryptamine, utilisés depuis des siècles dans des préparations rituelles du Culto da Jurema, au nord-est du Brésil.
La possession d'écorce de Mimosa tenuiflora est-elle légale ?
L'écorce et les racines sont légales à la vente dans de nombreux pays pour des usages comme la teinture ou le soin de la peau, mais la DMT qu'elles contiennent reste une substance classée dans de nombreuses juridictions, dont la France.
Le tépezcohuite soigne-t-il vraiment les brûlures ?
Des essais cliniques montrent une accélération de la cicatrisation des ulcères veineux avec un extrait d'écorce standardisé en tanins. L'usage reste traditionnel et complémentaire, jamais un substitut aux soins médicaux d'urgence.
Pourquoi les rameaux de Mimosa tenuiflora sont-ils si épineux ?
Les épines courtes et acérées protègent l'arbre du bétail brouteur dans la caatinga, un milieu semi-aride où la pression de pâturage reste forte une grande partie de l'année.
Peut-on cultiver Mimosa tenuiflora en France ?
Uniquement sous serre ou en intérieur très lumineux — l'espèce ne tolère pas le gel et ne peut pas être cultivée en pleine terre dans le climat métropolitain.
Plantes similaires
En cas de doute sur la toxicité d’une plante, demandez conseil à un botaniste ou à un vétérinaire.








