Problèmes
Olivier malade : reconnaître la maladie à son symptôme
L'œil de paon, un champignon qui s'installe sur les feuilles mouillées, est la maladie la plus répandue de l'olivier (Olea europaea). Suivent la cercosporiose, la cochenille noire et sa fumagine, la mouche de l'olive, la tuberculose et la verticilliose. Presque tout se prévient en aérant l'arbre et en le protégeant avant les pluies ; aucun produit ne guérit une galle ni une branche qui sèche.

Le diagnostic en un tableau
Retournez une feuille et regardez une branche avant de traiter quoi que ce soit. France Olive recense plus de cinq virus, trois bactéries, au moins une vingtaine de champignons et une douzaine d'insectes, nématodes ou rongeurs capables d'affaiblir un olivier (Olea europaea), et rappelle que leurs symptômes se confondent entre eux et avec ceux d'un excès d'eau, d'un coup de froid ou d'un sol tassé1. L'endroit du symptôme, feuille, olive, rameau ou branche entière, trie déjà les pistes.
| Ce que vous voyez | Cause la plus probable | Section |
|---|---|---|
| Taches rondes brun foncé cerclées de jaune sur le dessus des feuilles, qui jaunissent puis tombent | Œil de paon | Œil de paon |
| Dessus de la feuille jauni, dessous couvert d'un feutrage gris, sur les feuilles de plus d'un an | Cercosporiose | Cercosporiose |
| Petites coques brunes sur les rameaux et sous les feuilles, feuilles collantes puis noires | Cochenille noire, puis fumagine | Cochenille noire |
| Olives marquées d'un point de piqûre, chair creusée, chute avant la récolte | Mouche de l'olive | Mouche |
| Feuilles minées au printemps, grappes de fleurs rongées | Teigne de l'olivier | Teigne |
| Excroissances brunes et rugueuses sur les rameaux | Tuberculose (bactériose) | Tuberculose |
| Une branche vigoureuse sèche d'un coup au printemps, feuilles restées accrochées | Verticilliose | Verticilliose |
| Feuillage brûlé et rameaux secs dans le haut de l'arbre, sans autre explication | Xylella fastidiosa, à faire identifier | Xylella |
| Pousses qui sèchent, arbre chétif dans une terre détrempée | Excès d'eau, racines asphyxiées | Pourriture des racines |
Le dernier cas n'est pas une maladie, mais il en a toutes les apparences : France Olive le constate très souvent chez les oliviers plantés dans une pelouse arrosée sur sol argileux2.
L'œil de paon : taches cerclées et feuilles qui tombent
L'œil de paon est la maladie la plus répandue de l'olivier. Le champignon en cause, Fusicladium oleagineum (anciennement Spilocaea oleagina), dessine sur le dessus des feuilles des taches rondes de 2 à 10 mm, brun noirâtre à jaune orangé3. Le halo qui les entoure rappelle l'ocelle d'une plume de paon, d'où le nom ; la RHS précise que les taches se voient toute l'année4.

Le champignon a besoin d'eau libre sur la feuille, et ses spores voyagent avec les éclaboussures de pluie. Il travaille entre 8 et 24 °C : vers 16 °C, six heures de feuille mouillée suffisent à l'infection, et les taches apparaissent deux semaines plus tard3. Au-dessus de 25 °C, une pluie ne produit plus de nouvelles taches5. Les périodes à risque vont donc de à fin juin et de fin août à mi-novembre5.
Mal maîtrisée, la maladie fait tomber les feuilles par vagues : moins de photosynthèse, moins de pousses, moins d'olives. Grossane, Aglandau, Tanche, Cailletier, Lucques et Petit Ribier y sont plus sensibles3.
La prévention commence au sécateur. Une taille annuelle aère la ramure et réduit la durée d'humectation du feuillage, qui contamine au-delà de 4 heures6 ; la RHS conseille aussi de ramasser les feuilles tombées et de ne pas tailler trop fort, ce qui déclenche des gourmands4. Le cuivre ne circule pas dans la sève : il protège avant les pluies, en préventif fin août-début septembre puis fin février-début mars, et se renouvelle après 40 mm de pluie cumulée6. Deux à trois passages par an protègent les variétés résistantes, quatre à cinq sont parfois nécessaires sur les sensibles3.
La cercosporiose : le feutrage gris sous la feuille
Une feuille jaunie dessus et grise dessous signe la cercosporiose, ou « plomb de l'olivier », due à Pseudocercospora cladosporioides. Les symptômes se voient de l'automne au printemps sur les feuilles de plus d'un an : chlorose jaune qui nécrose la pointe et les bords, feutrage grisâtre caractéristique sur la face inférieure7. Ces feuilles tombent ensuite de la fin du printemps à la fin de l'été, et la chute s'ajoute souvent à celle de l'œil de paon.
Le cycle est d'une lenteur trompeuse : seules les feuilles de moins d'un an s'infectent, mais l'incubation peut durer jusqu'à 14 mois. Le feutrage de spores se forme en général d' à décembre, avec les premières pluies d'automne et des températures moyennes de 10 à 20 °C ; les contaminations suivent et peuvent se prolonger jusqu'en avril7. Cayon, Aglandau, Picholine, Olivière, Cailletier et Frantoio sont plus sensibles, et le littoral plus touché que l'intérieur.
France Olive voit dans une mauvaise gestion de ces deux champignons foliaires la cause de bien des oliviers qui dépérissent, la cercosporiose étant une maladie nouvellement développée1. La parade est la même que contre l'œil de paon : taille d'aération, puis cuivre quelques jours après les premières pluies d'automne7.
La cochenille noire et sa fumagine
Des coques brun foncé de 3 à 4 mm, marquées d'un relief en forme de H, sont des femelles de cochenille noire (Saissetia oleae). Elles se fixent le long de la nervure, sous les feuilles, et sur les jeunes rameaux8.

L'insecte ne fait qu'une génération par an. Il passe l'hiver à l'état de larve, puis les femelles pondent de à mi-août ; les jeunes larves, seules mobiles, voyagent avec le vent8. La sève que prélève l'insecte ne cause pas de dégât direct. Le vrai dégât est la fumagine qui pousse sur le miellat : elle bloque la photosynthèse, affaiblit l'arbre et fait tomber les feuilles8. Elle n'infecte pas la plante et diminue peu à peu une fois les insectes maîtrisés ; un jet d'eau ou de l'eau savonneuse l'enlève9.
Comptez les cochenilles en février-mars, sur la face inférieure des feuilles : en trouver environ une par minute correspond au niveau faible8. Larves de chrysopes, coccinelles et petites guêpes parasites comme Metaphycus lounsburyi font le travail de fond ; une taille plus sévère des branches infestées complète leur action8. Les fourmis, qui protègent les cochenilles pour leur miellat, s'écartent avec une bande engluée autour du tronc9.

Pour reconnaître les autres espèces et choisir un traitement naturel, voyez comment se débarrasser des cochenilles et la fiche cochenilles à bouclier.
La mouche de l'olive : des olives piquées
Une olive marquée d'un point brun, dont la chair se creuse d'une galerie, a reçu un œuf de mouche de l'olive (Bactrocera oleae). L'adulte mesure 4 à 5 mm et porte une tache noire au bout de l'aile. La femelle pond dès que les olives atteignent 8 à 10 mm, un seul œuf par fruit mais 400 à 500 au total ; une génération boucle son cycle en un mois, et trois à cinq générations se succèdent de juin à octobre10.

Les dégâts sont doubles : les olives piquées tombent avant maturité, et l'huile tirée des fruits attaqués gagne en acidité et perd en goût. Un hiver doux, un été sans canicule et l'arrosage favorisent l'insecte, qui a besoin d'eau ; au-dessus de 300 m d'altitude, il pullule rarement. Lucques, Ascolana, Bouteillan et Grossane l'attirent particulièrement, l'Aglandau moins10.
Sans insecticide, le cahier de France Olive retient trois parades, et leur calendrier compte plus que le produit :
| Parade | Quand | Comment |
|---|---|---|
| Piégeage massif | Dès fin février-début mars, ou à partir de début juin | Une bouteille-piège par arbre, phosphate d'ammonium à 40 g par litre, renouvelé toutes les 3 semaines ; efficacité moyenne à faible6 |
| Barrière d'argile | Dès que les olives dépassent 0,8 cm, fin juin-début juillet | Argile kaolinite calcinée à 3 à 5 %, à renouveler toutes les 3 à 4 semaines ou après 20 mm de pluie, 3 à 5 passages6 |
| Récolte précoce | Trois semaines au plus après les premiers trous de sortie, en septembre | Récolter avant la sortie des mouches préserve la qualité, au prix d'un rendement en huile plus faible6 |
L'argile protège aussi contre la dalmaticose, dont le champignon pénètre par les piqûres de ponte6.
La teigne de l'olivier : feuilles minées au printemps
La teigne attaque en deux temps, les feuilles puis les fleurs. Sa première génération mine le feuillage, la seconde se nourrit des grappes florales6. France Olive conseille de compter en les feuilles portant une mine avancée : au-delà de 10 % de feuilles minées, un traitement au Bacillus thuringiensis se justifie, au stade bouton blanc puis 7 à 10 jours plus tard, au début de la floraison6.
Ce produit se dégrade à la lumière et se lessive : traitez le soir, sans pluie annoncée dans les 24 heures, et ne gardez pas un flacon ouvert plus de deux ans6.
La tuberculose : des galles sur les rameaux
Des excroissances brunes et rugueuses sur les rameaux sont des galles de tuberculose, que France Olive nomme bactériose, causée par Pseudomonas savastanoi. Dans les cas sévères, elles gagnent les charpentières et le tronc ; l'arbre perd en vigueur et en récolte, et l'huile peut prendre un mauvais goût11.

La bactérie entre par une plaie : grêle, gel, cicatrice de feuille, coupe de taille. Les contaminations courent de l'automne à la fin du printemps, portées par la pluie et par les outils11, et un gel qui fend l'écorce lui ouvre la porte12. Chaque galle exsude des bactéries et contamine les rameaux voisins.
Aucun produit ne guérit un arbre atteint : le cuivre, qui n'est pas systémique, limite seulement les nouvelles contaminations. On coupe donc les rameaux porteurs de galles par temps chaud et sec, en été, en taillant les arbres malades en dernier et en désinfectant l'outil entre deux arbres11. Évitez l'excès d'azote, qui renforce la virulence de la bactérie, et vérifiez l'état sanitaire d'un arbre avant de l'acheter : des sujets importés d'Espagne ou d'Italie ont introduit en France des souches particulièrement virulentes11.
La souche du laurier-rose forme elle aussi des galles sur l'olivier13, et les deux voisins de terrasse se la passent : voyez le chancre bactérien du laurier-rose et la fiche galles.
La verticilliose : la branche qui sèche d'un coup
Une branche vigoureuse qui sèche brutalement, comme si on l'avait coupée, oriente vers la verticilliose, un champignon du sol (Verticillium dahliae) qui bouche les vaisseaux de la sève. Il s'agit en général des branches les plus vigoureuses, dans le haut de l'arbre ; sur un jeune olivier, c'est parfois l'arbre entier qui sèche, et les rejets du pied peuvent alors le reformer14.
Les dessèchements apparaissent en fin d'hiver et culminent en et . Dans la forme rapide, les feuilles jaunissent puis sèchent en restant accrochées à la branche ; dans la forme lente, le feuillage se ternit et les grappes florales sèchent. Certains arbres infectés ne montrent rien, sinon un manque de vigueur et une absence de fleurs14.
Le champignon peut survivre jusqu'à 15 ans dans le sol et se réveille chaque printemps grâce aux plantes qui l'hébergent14. D'où le piège du jardin :
- pas de tomates, de poivrons ni de pommes de terre au pied de l'olivier, et pas de morelle, de datura, d'amarante ni de chénopode laissés en place ;
- supprimez la branche dès qu'elle dépérit, taillez l'arbre touché en dernier et désinfectez l'outil ;
- sortez le bois de taille de la parcelle ;
- espacez les arrosages et modérez l'azote, deux conditions qui favorisent le champignon14.
Xylella fastidiosa : faire identifier, ne pas traiter
Xylella fastidiosa est une bactérie transmise par des insectes piqueurs qui bloque la sève brute, et l'olivier figure parmi ses hôtes : la RHS le classe dans les plantes à haut risque15. Elle est responsable depuis 2013 du dessèchement rapide des oliviers des Pouilles, en Italie. Ses symptômes, brûlures du feuillage et dessèchement des rameaux dans le haut de l'arbre, sont peu spécifiques et se confondent avec un stress hydrique ou une carence16.
Devant un olivier qui sèche sans cause évidente, ne traitez pas : signalez-le au service régional de l'alimentation de la DRAAF ou à la FREDON de votre région, chargés de la surveillance17.
Le calendrier de surveillance
Deux saisons concentrent les risques : les pluies du printemps et de l'automne pour les champignons, l'été pour les insectes. Le calendrier réunit les périodes publiées pour chaque problème, chacune avec sa source.
| Problème | janvier | février | mars | avril | mai | juin | juillet | août | septembre | octobre | novembre | décembre |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Œil de paon, contaminations, feuilles | rien à signaler | rien à signaler | à surveiller | à surveiller | à surveiller | à surveiller | rien à signaler | à surveiller | à surveiller | à surveiller | à surveiller | rien à signaler |
| Cercosporiose, feutrage sous la feuille, feuilles | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | à surveiller | à surveiller | à surveiller |
| Cochenille noire, pontes, tiges | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | à surveiller | à surveiller | à surveiller | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler |
| Mouche de l'olive, pontes, fruits | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | à surveiller | à surveiller | à surveiller | à surveiller | à surveiller | rien à signaler | rien à signaler |
| Teigne, feuilles minées, feuilles | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | à surveiller | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler |
| Verticilliose, dessèchements, tiges | rien à signaler | rien à signaler | à surveiller | à surveiller | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler | rien à signaler |
En février-mars, comptez les cochenilles et posez le premier cuivre ; fin juin, l'argile sur les olives ; fin août, le cuivre d'automne. Les gestes de taille qui aèrent l'arbre sont détaillés dans tailler un olivier, et l'entretien complet dans l'entretien de l'olivier.
Quand le feuillage jaunit sans tache ni insecte : les feuilles jaunes de l'olivier se lisent selon leur position sur l'arbre et la saison.
Une tache que vous n'arrivez pas à nommer ? Photographiez la feuille : Floralens identifie le problème et vous indique le geste à faire. Diagnostiquer avec l'app
Questions fréquentes
Quelle est la maladie qui tue les oliviers ?
Xylella fastidiosa, une bactérie sans traitement curatif qui a fait dépérir les oliviers des Pouilles depuis 2013 : les arbres contaminés doivent être arrachés16. La verticilliose peut aussi tuer un jeune olivier entier en bouchant ses vaisseaux14. Dans un jardin, la cause la plus fréquente reste pourtant l'eau : un olivier peut mourir d'asphyxie racinaire dans un sol argileux trop arrosé2.
Comment traiter un olivier malade ?
Identifiez d'abord la cause, car la parade change tout. Contre l'œil de paon et la cercosporiose, on aère par la taille et l'on protège au cuivre avant les pluies de fin d'hiver et de fin d'été6. Contre la mouche, pièges et argile ; contre la teigne, le Bacillus thuringiensis au stade bouton blanc6. Une galle ou une branche atteinte de verticilliose ne se soigne pas : on la coupe1114.
Quelle est la nouvelle maladie qui affecte les oliviers ?
Xylella fastidiosa, en cause depuis 2013 dans le dessèchement rapide des oliviers des Pouilles et aujourd'hui présente en Italie, en France, en Espagne et au Portugal16. France Olive signale aussi la cercosporiose comme une maladie nouvellement développée, et des champignons jusque-là propres à d'autres arbres, observés sur olivier en 20191.
Comment reconnaître la tuberculose de l'olivier ?
À ses galles : des excroissances brunes, rugueuses, d'abord sur les rameaux, puis sur les charpentières et le tronc dans les cas sévères11. Une galle ne disparaît pas d'elle-même et suinte des bactéries qui contaminent les rameaux voisins : coupez-la par temps sec, en été, avec un outil désinfecté.
Comment soigner la teigne de l'olivier ?
Comptez les feuilles minées en avril. Au-delà de 10 %, traitez au Bacillus thuringiensis au stade bouton blanc, puis une seconde fois 7 à 10 jours plus tard, le soir et sans pluie annoncée dans les 24 heures6.