Ravageurs
Cochenille
Amas blancs cotonneux ou petites coques brunes sur les tiges ? Reconnaître la cochenille farineuse, à bouclier ou à carapace, et savoir quoi faire.
La cochenille est un petit insecte piqueur-suceur qui se fixe sur les tiges et au revers des feuilles pour boire la sève. Elle se présente sous deux visages : un amas blanc cotonneux ou une petite coque brune immobile, souvent accompagnés d'une feuille collante. Tout le traitement dépend de ce visage, et le traitement contre la cochenille détaille le protocole type par type.
Cette page sert à l'identifier : savoir si c'est bien une cochenille, laquelle, pourquoi elle revient et quelles plantes elle vise. Un mauvais diagnostic mène au mauvais geste : le coton-tige d'alcool qui vient à bout d'une farineuse1 ne règle pas le cas d'une cochenille à bouclier, qui résiste mieux aux produits sous son couvercle2.
Qu'est-ce qu'une cochenille ?
La cochenille est un insecte hémiptère du sous-ordre des Sternorrhyncha, celui des pucerons et des aleurodes. Wikipédia recense près de 8 500 espèces réunies en 21 à 24 familles3. Elle se nourrit avec un rostre planté dans l'écorce, la feuille ou le fruit, et ne mange rien d'autre que de la sève2.
Le groupe se distingue par un fort écart entre les sexes. La femelle adulte ressemble à une larve, en forme d'écaille ou couverte de cire, sans ailes. Le mâle porte une seule paire d'ailes et ne se nourrit pas4 : dépourvu de pièces buccales, il ne vit qu'un à deux jours, le temps de s'accoupler3. Ce que vous voyez sur la plante, ce sont donc presque toujours des femelles et leurs larves.
Du miellat à la fumagine
Beaucoup d'espèces rejettent l'excédent de sucre sous forme de miellat. Sur ce miellat pousse la fumagine, un feutrage noir de champignons qui ne pénètre pas la feuille mais la couvre comme de la suie5. La plante perd alors de la lumière en plus de sa sève. Les pages fumagine et nettoyer le miellat expliquent comment laver ce dépôt.
Pourquoi des fourmis sur la plante
Une file de fourmis qui monte le long d'une tige signale souvent une colonie plus haut. Les fourmis récoltent le miellat et, en échange, chassent les prédateurs et les parasites des cochenilles2. Tant que les fourmis montent la garde, la colonie grossit plus vite.
Comment reconnaître une cochenille ?
Trois signes réunis suffisent presque toujours. Des bosses immobiles ou des amas blancs sur les tiges, aux aisselles et sous les nervures ; une feuille collante ou brillante sous la colonie ; puis un dépôt noir de fumagine. Viennent ensuite des feuilles qui jaunissent, tombent avant l'heure, et des rameaux qui sèchent quand l'infestation est forte2. La RHS donne une taille de 1 à 6 mm pour la plupart des espèces6.

Le test du doigt collant
Le miellat tombe par gravité. Passez un doigt sur une feuille basse : si elle colle, la colonie se trouve juste au-dessus. Sur un laurier-rose ou un citronnier, regardez aussi le sol ou le rebord de fenêtre, qui collent avant que l'insecte ne soit visible. Les causes possibles d'une feuille poisseuse sont réunies sur la page feuilles collantes et dépôt noir.
Le test de l'ongle
Soulevez une coque avec l'ongle. Si le couvercle part seul et laisse un petit corps mou sur la plante, c'est une cochenille à bouclier. Si la coque entière vient avec l'insecte, c'est une cochenille à carapace2. Ce geste de deux secondes tranche la question du traitement.

Les fausses pistes
Plusieurs choses ressemblent à une cochenille sans en être : les larves fixées d'aleurodes, certains psylles, ou le puceron lanigère2. La RHS ajoute que les masses d'œufs blanches de certaines cochenilles passent pour des farineuses6. Un duvet blanc sans insecte dessous relève plutôt du feutrage blanc cotonneux, et un voile blanc sur le terreau d'une simple moisissure de surface.
Les types de cochenilles
Quatre types couvrent presque tout ce qu'on trouve au salon, sur le balcon et au jardin. Ils se distinguent à l'œil et au toucher, et ce classement vaut plus que le nom exact de l'espèce.
| Type | Aspect | Taille adulte | Miellat | Ce qui fonctionne |
|---|---|---|---|---|
| Farineuse (Pseudococcidae) | Corps segmenté couvert de cire blanche, parfois bordé de filaments | 1 à 12 mm | Oui | Alcool au coton-tige sur chaque amas |
| À bouclier (Diaspididae) | Plaque plate, couvercle qui se détache du corps | Moins de 3 mm | Non | Grattage puis huile au moment où sortent les larves |
| À carapace (Coccidae) | Coque bombée, lisse, qui ne se détache pas du corps | Jusqu'à 6 mm | Oui, abondant | Huile ou savon insecticide sur les jeunes larves |
| Australienne (Icerya purchasi) | Corps brun-rouge sur un grand sac d'œufs blanc cannelé | 5 mm | Oui | Coccinelle prédatrice (lutte biologique) |
Tailles : Wikipédia pour la farineuse et l'australienne78, UC IPM pour le bouclier et la carapace2. Miellat : UC IPM pour la farineuse, qui en produit souvent1, et pour le bouclier, qui n'en produit pas2 ; la RHS pour la carapace, qui en rejette beaucoup9, et pour l'australienne10.
La cochenille farineuse
La cochenille farineuse, souvent appelée cochenille blanche, forme de petits flocons de coton logés aux aisselles des feuilles, entre deux fruits ou au collet. Son corps reste mou et bouge encore un peu, lentement1. Certaines espèces vivent sur les racines et ne se voient qu'au dépotage. Elle a sa propre page : cochenille farineuse, avec ses signes et ses plantes favorites.

La cochenille à bouclier
La cochenille à bouclier, ou diaspine, vit sous une petite plaque plate de moins de 3 mm, souvent grise, blanche ou brune. Elle ne produit pas de miellat : pas de feuille collante, donc un signal d'alarme en moins2. C'est la plus difficile à atteindre, car les produits de contact la touchent moins bien que les autres2.

La cochenille à carapace
La cochenille à carapace, ou lécanine, est plus grosse et bombée comme une demi-lentille. Sa coque est la paroi même de son corps. La cochenille molle brune (Coccus hesperidum) atteint 4 mm, plate, ovale, jaune pâle à brune, collée le long des nervures9. Elle rejette beaucoup de miellat, d'où la fumagine qui l'accompagne presque toujours.
La cochenille australienne
La cochenille australienne (Icerya purchasi) se repère de loin : une femelle brun-rouge de 5 mm posée sur un grand sac d'œufs blanc et strié8. Longtemps cantonnée aux serres britanniques, elle vit désormais dehors dans les endroits abrités, et la RHS conseille de vérifier agrumes, mimosas et choisyas à l'achat10.

Cochenille, puceron ou aleurode ?
Effleurez l'insecte : s'il file ou s'envole, ce n'est pas une cochenille adulte. Les dégâts se ressemblent, car pucerons et aleurodes boivent aussi la sève et rejettent aussi du miellat2. La mobilité et l'emplacement font la différence.
| Ravageur | Aspect | Où le chercher | Indice décisif |
|---|---|---|---|
| Cochenille | Coque brune ou amas blanc cotonneux | Tiges, aisselles, revers des feuilles le long des nervures | Immobile ou presque, pas de tête ni de pattes visibles |
| Puceron | Petit insecte mou vert, noir ou jaune, en forme de poire | Jeunes pousses, boutons | Colonie serrée qui se déplace, formes ailées |
| Aleurode | Minuscule mouche blanche | Revers des feuilles | S'envole en nuage quand on secoue la plante |
| Thrips | Insecte allongé de 1 à 2 mm | Feuilles et fleurs | Plages argentées et points noirs, pas de miellat |
| Araignée rouge | Acarien à peine visible | Revers des feuilles, aisselles | Fines toiles, feuille piquetée de points clairs |
La confusion la plus fréquente oppose la farineuse et le puceron lanigère, tous deux couverts de cire blanche. UC IPM conseille de regarder sous la cire avant de conclure1 : une farineuse montre un corps ovale et segmenté, un puceron une forme de poire avec de longues pattes.
Quand les cochenilles se multiplient
La femelle pond à l'abri, et seule la larve qui éclot est mobile. Les œufs restent sous son corps ou son bouclier ; chez certaines espèces, ils sont déposés à l'extérieur sous un feutrage de cire blanche6. Les jeunes, jaunes à orangés chez la plupart des espèces, marchent sur la plante ou voyagent avec le vent, puis se fixent pour se nourrir dans un délai d'un à deux jours2. Cette larve mobile est le seul moment où l'insecte n'a ni cire épaisse ni bouclier.
Certaines espèces se passent de mâles et la femelle pond sans accouplement2. Chez les farineuses, une femelle pond 100 à 200 œufs ou plus en 10 à 20 jours, et l'on compte deux à six générations par an selon l'espèce et la chaleur1.
Dedans : toute l'année
En serre et dans la maison, les cochenilles se reproduisent sans pause : la RHS le note pour les diaspines de l'orchidée et la cochenille du laurier-rose1112, UC IPM pour les farineuses, dont tous les stades cohabitent toute l'année en intérieur1. En appartement chauffé, il n'y a pas de bonne saison pour traiter : il y a le bon rythme.
Dehors : une fenêtre en été
En plein air, la plupart des espèces ne font qu'une génération par an6, et les larves sortent sur une période courte. Les dates publiées pour quatre espèces courantes tombent toutes entre fin juin et septembre.
| Cochenille | Plantes visées | Sortie des larves |
|---|---|---|
| Lécanine du cornouiller (Parthenolecanium corni) | Arbres et arbustes ligneux | Fin juin à juillet13 |
| Cochenille noire de l'olivier (Saissetia oleae) | Olivier, laurier-rose, agrumes14 | Premières larves en juillet, pontes jusqu'à mi-août15 |
| Cochenille de l'hortensia (Pulvinaria hydrangeae) | Hortensia | Milieu de l'été16 |
| Cochenille du rosier (Aulacaspis rosae) | Rosier, parfois ronce | Août à septembre17 |
Les dates de la RHS valent pour le climat britannique, celles de France Olive pour les oliveraies françaises. Sur un balcon plus chaud, la sortie peut avancer de quelques semaines : c'est pourquoi UC IPM conseille de surveiller l'apparition des larves plutôt que de suivre un calendrier fixe2.
Les plantes les plus touchées
Chaque cochenille a ses plantes préférées, et UC IPM rappelle que la plupart des espèces sont très spécifiques à leurs hôtes2. Le tableau réunit les hôtes pour lesquels une source nomme l'espèce en cause.
| Plante | Cochenilles citées | Type |
|---|---|---|
| Citronnier et agrumes | Farineuse des agrumes, cochenille molle brune, cochenille australienne1210 | Farineuse, carapace, australienne |
| Olivier | Cochenille noire, au relief en forme de H15 | Carapace |
| Laurier-rose | Cochenille du laurier-rose, blanchâtre, 2 mm12 ; cochenille noire14 | Bouclier, carapace |
| Orchidée | Diaspines de l'orchidée11 ; farineuses1 | Bouclier, farineuse |
| Ficus | Farineuses1 ; cochenille molle brune9 | Farineuse, carapace |
| Crassula (arbre de jade) et cactus | Farineuses1 | Farineuse |
| Laurier-sauce | Cochenille molle brune9 | Carapace |
| Hortensia | Cochenille de l'hortensia, sacs d'œufs blancs sur les tiges16 | Carapace (à ovisac) |
| Rosier | Cochenille du rosier, blanche et écailleuse sur les tiges17 | Bouclier |
Les sources nomment ces hôtes sans les classer par sensibilité : l'ordre du tableau n'est pas un palmarès. Sur le monstera, le tableau des ravageurs de la page monstera malade montre où chercher farineuses et coques brunes. Pour l'olivier et le laurier-rose, les guides d'entretien de l'olivier et du laurier-rose détaillent le calendrier propre à chaque arbuste. La page des cochenilles du laurier-rose distingue le bouclier, la carapace et le coton blanc.
Comment s'en débarrasser selon le type
Le bon geste dépend du type repéré plus haut, et le protocole complet contre la cochenille donne les doses, la cadence et les erreurs à éviter. Type par type :
- Farineuse : retirer chaque amas au coton-tige imbibé d'alcool, la méthode que UC IPM retient pour les plantes d'intérieur1. La cire repousse la plupart des produits pulvérisés.
- À bouclier : gratter les plaques, puis viser les larves au moment où elles sortent, car l'adulte sous son couvercle résiste aux produits de contact2.
- À carapace : les jeunes larves cèdent au savon insecticide et à l'huile horticole182, les adultes bombés beaucoup moins. On gratte les grosses, on traite les petites.
- Australienne : sur un sujet d'extérieur, la coccinelle prédatrice (Rodolia cardinalis) a contrôlé cette cochenille dans les vergers de Californie8.
Quel que soit le type, un seul passage ne suffit pas : les œufs cachés éclosent après le traitement. La cure se juge sur plusieurs semaines, pas sur le premier nettoyage. Une plante très envahie se discute aussi : UC IPM suggère de jeter une plante d'intérieur gravement atteinte plutôt que de la traiter sans fin1.
Prévenir le retour
La cochenille entre presque toujours chez vous avec une plante. Les farineuses adultes ne volent pas et se déplacent lentement : elles arrivent sur une plante neuve, un outil ou un pot1.
- Inspecter chaque nouvelle plante au revers des feuilles et aux aisselles avant de la rapprocher des autres, et la rendre au vendeur si elle est infestée1.
- Vérifier pots, tuteurs et soucoupes réutilisés : les sacs d'œufs s'y logent1.
- Doser l'engrais azoté : un excès pousse une végétation tendre et stimule la ponte des farineuses1. Le guide pour nourrir une plante d'intérieur donne les repères.
- Couper la route aux fourmis avec une bande collante posée sur un manchon autour du tronc, jamais à même l'écorce2. Voir aussi installer une barrière anti-insectes.
- Tailler les rameaux très envahis quand ils sont peu nombreux2, selon les règles de la taille d'assainissement.
- Rincer le feuillage poussiéreux : la poussière gêne les prédateurs naturels des cochenilles2. Le geste est détaillé dans le rinçage du feuillage.
Questions fréquentes
D'où viennent les cochenilles sur une plante d'intérieur ?
Le plus souvent d'une plante déjà infestée achetée ou offerte, ou d'un pot et d'un outil réutilisés1. Les jeunes larves voyagent aussi avec le vent, ou transportées sans le savoir par les personnes et les oiseaux2. Une fois installées, la chaleur de la maison et l'absence de prédateurs leur permettent de se reproduire toute l'année1.
Qu'est-ce qui provoque la cochenille ?
Aucun défaut de soin ne fait naître une cochenille : il faut qu'un insecte arrive sur la plante. En revanche, un intérieur chaud et privé de prédateurs, des fourmis qui protègent la colonie et un excès d'engrais azoté l'aident à pulluler12. Une plante bien arrosée et bien placée supporte mieux une petite population2.
La cochenille est-elle dangereuse pour l'homme, le chat ou le chien ?
Non. La cochenille ne pique pas et ne se nourrit que de sève, à l'aide d'un rostre planté dans la plante2. Le miellat colle, sans plus. La prudence concerne les produits : savons et huiles horticoles ont une faible toxicité pour les personnes et les animaux2, mais tout flacon se range hors de leur portée.
Le vinaigre blanc tue-t-il la cochenille ?
Aucune des sources consultées ne le recommande contre la cochenille. L'acide acétique, celui du vinaigre, est vendu comme désherbant de contact, qui abîme la végétation qu'il touche19. Ce n'est donc pas un produit à pulvériser sur un feuillage : gardez le vinaigre pour nettoyer un pot vide.
Comment savoir si les cochenilles sont mortes ?
La cochenille rouge du colorant E120 est-elle la même que celle des plantes ?
Non. Le colorant rouge E120, le carmin, vient de la cochenille du carmin (Dactylopius coccus), élevée sur les cactus du genre Opuntia au Mexique et en Amérique du Sud20. C'est elle que l'on désigne le plus souvent par cochenille rouge. Elle ne s'installe pas sur les plantes d'intérieur courantes et n'a rien à voir avec les farineuses ou les coques brunes de vos plantes. De minuscules points rouges qui bougent sous une feuille relèvent plutôt de l'araignée rouge, un acarien.