Illustration vectorielle plate style Headspace : rose rose souriante au visage cartoon, parchemin bleu et ruban violet, étoile jaune sur fond bleu vif

Le , Nature publie un verdict gênant pour la carte de Saint-Valentin. L'ancêtre génétique commun de toutes les roses modernes était jaune, pas rouge, démontre l'équipe de Raymond et al., vol. 640 n°80601 : contretemps embarrassant pour un emblème dont la carrière symbolique précède de plusieurs millénaires la génétique moléculaire. Côté symbolique, le code occidental reste fixé à Paris en par Charlotte de la Tour2, pseudonyme de Louise Cortambert.

Entre le gène et la convention, la signification de la rose tient à trois axes : la couleur (9 teintes), le nombre (1 à 999, avec divergences franco-asiatiques) et la culture (hanakotoba japonais, rose ouvrière du , iconographie mariale). Le langage des fleurs parisien du XIXe siècle donne la grammaire commune ; les trois autres filtres disent les exceptions.

Que signifie une rose ? Le code en 60 mots

La rose (Rosa) est la fleur la plus codifiée du langage des fleurs occidental. Sa signification se décode sur trois axes : couleur (rouge = amour, blanche = pureté, jaune = jalousie), nombre (1 = coup de foudre, 12 = déclaration, 99 = éternité) et contexte culturel. Code fixé par Charlotte de la Tour, Le Langage des fleurs, Paris, 2, BnF Gallica.

Quatre références structurent toute lecture sérieuse. Paris pose le canon en avec Cortambert2, Londres le reprend et le déforme avec Greenaway en 3. Beverly Seaton4 démonte le mythe victorien en ; côté Asie, le hanakotoba de l'ère Meiji tient lieu de référence. Piège au passage : la fleur Rosa, la couleur rose, le quartz rose (SiO₂ colorée par le titane) et le vin rosé ne partagent qu'une homonymie française. Le genre compte 150 espèces acceptées et plus de 30 000 cultivars (POWO Kew).

Signification de la rose par couleur

La rose décline neuf messages selon sa teinte. Cortambert 18192 fixe le canon français, consolidé par Greenaway 18843 côté britannique ; Seaton 19954 et le hanakotoba apportent les nuances japonaises. Un seul point d'accord traverse ces codifications : le jaune signale la jalousie à Paris comme à Kyoto, là où toutes les autres teintes divergent.

CouleurSignification françaiseHanakotoba japonaisSource principale
RougeAmour passionné, vertuai (benibara)Cortambert 1819
BlanchePureté, innocence, mariale沈黙 silence, attenteSeaton 1995
Rose (teinte)Tendresse, premier amour温かい心 momoirobaraCortambert 1819
JauneAmitié (FR moderne) / infidélité (victorien)嫉妬 jalousieGreenaway 1884 ; hanakotoba
OrangeDésir, enthousiasme恥じらい pudeurSeaton 1995
NoireDeuil, adieu (mythe)Joyaux 2001
BleueMystère, inaccessible不可能 impossible (Kaiser)Cultivar Applause (annonce 2004, commercialisation 2009)
VerteFertilité, renaissanceRosa chinensis viridiflora
PanachéeFascination, double messageGreenaway 1884
Signification de la rose par couleur : code français (Cortambert 1819, Greenaway 1884) contre hanakotoba japonais.

Rose rouge : l'amour passionné (Rosa gallica)

La rose rouge signifie l'amour passionné et la vertu selon Cortambert, sens repris sans discussion par Ronsard au XVIe siècle et par les fleuristes du XXIe. Référence botanique : Rosa gallica L. (Linné, , IPNI 732569-1), emblème héraldique des Lancaster pendant la Guerre des Deux-Roses.

Rose blanche : pureté mariale (Rosa × alba)

Rosa × alba est l'attribut floral de la Vierge Marie dans l'iconographie chrétienne dès l'an 400 environ. Même hybride côté héraldique : emblème York dans la guerre civile anglaise -. Au Japon, la rose blanche signale l'attente silencieuse, registre distinct de la pureté occidentale.

Rose rose : tendresse et premier amour

La rose rose pâle porte la tendresse et le premier amour dans le code français. Le hanakotoba nomme la même teinte momoirobara et y attache un « cœur chaleureux ». Cadeau canonique pour une naissance, à raison de trois tiges (voir notre guide par occasion plus bas).

Rose jaune : amitié en France, jalousie partout ailleurs

La rose jaune signifie l'amitié en France mais désignait l'infidélité dans le code victorien britannique codifié par Kate Greenaway, Language of Flowers, Routledge, 3. Le hanakotoba renforce la lecture sombre : 黄色薔薇 Kiiroibara veut dire jalousie. Seule couleur où les trois codifications convergent partiellement, là où toutes les autres divergent.

Rose orange : désir occidental, pudeur japonaise

À Paris, l'orange dit le désir et l'enthousiasme ; à Kyoto, elle porte la pudeur (hajirai). Divergence culturelle parfaite, qui rend la rose orange risquée dans un bouquet international sans contexte verbal.

Rose noire : un mythe botanique

Rose bleue : 2004-2009, l'OGM Applause

La rose bleue n'existait pas à l'état naturel avant , année où la biotech japonaise Suntory-Florigene annonce l'introduction du gène de la delphinidine (pigment bleu de la pensée) dans Rosa × hybrida. Le cultivar Applause est commercialisé cinq ans plus tard, en . Le bleu garde son sens d'inaccessible, pigment qui aura demandé deux décennies de biotech pour exister dans le genre Rosa.

Rose verte : Rosa chinensis viridiflora

La rose verte est une mutation florale de Rosa chinensis (sépales pétaloïdes sans fécondité sexuelle). Curiosité de collectionneur, lecture symbolique oscillant entre fertilité et renaissance.

Rose panachée : fascination

La Rosa Mundi (Rosa gallica versicolor) code la fascination et le double message. L'attribution classique cite Rosamund Clifford, maîtresse d'Henri II Plantagenêt, sans que la botanique ne vienne confirmer la légende.

Rosa × damascena en fleur, rose de Damas rapportée par les Croisés, signification botanique et parfumerie
Rosa × damascena (rose de Damas), hybride triparental démontré par Iwata, Kato et Ohno (Gene 259, 2000). Photo : Kurt Stüber, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Signification selon le nombre de roses

En Occident, on offre un nombre impair de roses en-dessous de dix (1, 3, 5, 7) ; au-delà, la douzaine devient canon. L'Asie étend la numérologie bien plus loin : 99 pour l'amour éternel en Chine, 108 pour l'harmonie bouddhiste, 365 pour « je t'aime chaque jour ». Avant d'expédier vers l'Asie orientale, retenir une règle : jamais un nombre pair en Chine, c'est le deuil. Les fleuristes qui livrent à Hong Kong ou Shanghai rappellent ce point à chaque commande européenne.

NombreSignification OccidentSignification Asie
1Coup de foudre
2Union, fiançaillesDeuil (Chine, pair)
3« Je t'aime »Excuses sincères
5Amour sans mesure
6« Tu me manques »
11« Tu es ma préférée »
12Déclaration, douzaine classiqueAmour engagé
24« Je pense à toi 24 heures sur 24 »Mariage (Japon)
36Souvenir amoureux
99« Je t'aimerai toujours » (Chine)
101« Je suis fou de toi »
108Harmonie bouddhiste
365« Un par jour, chaque jour »
999Amour éternel (Chine, 99 × 10 + 9)
Numérologie comparée de la rose offerte : Occident (Cortambert / Interflora) et Asie (Chine, Japon bouddhique).

Le code numérologique asiatique attribue 99 roses à « je t'aimerai toujours », 108 à l'harmonie bouddhiste, 365 à « je t'aime chaque jour », alors que le code occidental plafonne à 101 pour « je suis fou de toi ». L'écart de conception est net : l'Occident joue la phrase-pivot, l'Asie préfère la répétition quantitative qui matérialise la durée.

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De la Perse sassanide à Joséphine : l'histoire de la rose

Avant Cortambert, la rose traverse deux millénaires et deux imaginaires. L'herbier grec d'abord : Théophraste la décrit au IVe siècle av. J.-C. dans son Histoire des plantes6 (traduction Amigues 2010, ISBN 978-2-7011-4996-7). La poésie persane ensuite : Saadi publie en le Golestân, « jardin de roses » qui va fixer toute la métaphore amoureuse arabo-persane. Puis les Croisés rapportent Rosa × damascena du Proche-Orient aux XIIe-XIIIe siècles. Et Redouté7 clôt la séquence, entre et , avec les 170 planches peintes pour Joséphine à Malmaison (Gallica BnF).

Saadi et le Golestân (Chiraz, 1258)

Saadi publie en , à Chiraz, le Golestân : recueil poétique persan où la rose structure tout l'imaginaire amoureux et mystique, six siècles avant le code victorien. L'étymologie suit la route de la soie : gul persan, ward arabe, rhodon grec, rosa latin, bara 薔薇 japonais. Saladin, en , fait purifier la mosquée d'Omar à Jérusalem avec de l'eau de rose acheminée par 500 chameaux, selon Phillips et Rix8. Le gulistan vaut alors pour une métaphysique, pas pour un décor. Avant Cortambert, c'est Lady Mary Wortley Montagu qui rapporte le sélam turc depuis Constantinople en dans ses Letters from Turkey, passerelle directe entre le code persan-ottoman et la floriographie parisienne.

Les Croisades et Rosa × damascena (XIIe-XIIIe s.)

Les Croisés rapportent Rosa × damascena du Proche-Orient entre le XIIe et le XIIIe siècle, faisant de Damas le berceau européen de la parfumerie à la rose. L'attar bulgare, distillat de Rosa × damascena, se négocie encore aujourd'hui autour de 4 000 € le kilogramme : il faut 4 tonnes de pétales pour obtenir 1 kg d'essence. Au Moyen Âge, la rose pouvait aussi servir de redevance vassalique : Rigollet 20209 documente le cas des Briouze, seigneurs du Gower, qui offraient des roses en gage de soumission à leur suzerain.

La Guerre des Deux-Roses (1455-1487)

La Guerre des Deux-Roses (-) oppose la Rosa × alba des York à la Rosa gallica des Lancaster, fusionnées en dans la rose Tudor d'Henri VII après la bataille de Bosworth. Le mariage avec Élisabeth d'York consacre la synthèse héraldique. La rose devient alors preuve de concorde dynastique, frappée sur les pièces de monnaie et brodée sur les tabars des hérauts d'armes.

Redouté, Joséphine, Malmaison (1817-1824)

Pierre-Joseph Redouté peint, entre et , les trois volumes de Les Roses7 : 170 planches gravées pour Joséphine de Beauharnais, commanditaire de la roseraie de la Malmaison. Firmin-Didot imprime, Gallica BnF conserve. Cette rose impériale peinte sur vélin prépare le contre-choc avec la rose ouvrière qui va surgir un demi-siècle plus tard.

Emblème héraldique de la Guerre des Deux-Roses (1455-1487) : Rosa × alba York et Rosa gallica Lancaster, fusionnées en rose Tudor en 1485
Emblème héraldique de la Guerre des Deux-Roses (1455-1487) : Rosa × alba York et Rosa gallica Lancaster, synthétisées dans la rose Tudor d'Henri VII en 1485. Illustration : Sodacan, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La rose ouvrière : du 1er Mai 1889 au poing-et-rose du PS

La rose n'est pas qu'un symbole romantique. La IIe Internationale socialiste, réunie à Paris en , adopte la rose rouge comme emblème des travailleurs, dans le même congrès (14-21 juillet) qui fonde la Journée internationale des travailleurs du . L'historien Frédéric Cépède10 documente la trajectoire complète dans Vingtième Siècle, n°49, .

Le Parti socialiste français reprend l'icône un siècle plus tard, au congrès d'Épinay de , sous la forme d'un logo poing-et-rose dessiné par Marc Bonnet pour François Mitterrand. La rose circule alors par deux généalogies concurrentes : la rose aristocratique de Joséphine, impériale et parfumée, et la rose rouge brandie au meeting, symbole de solidarité ouvrière. Même fleur, deux politiques opposées.

Affiche française « Journée de manifestation prolétarienne 1er mai » (1936, BnF Gallica) : rose rouge, emblème ouvrier adopté au congrès socialiste de Paris en juillet 1889
Affiche « Journée de manifestation prolétarienne 1er mai » (1936), héritière directe du congrès socialiste de Paris de juillet 1889. Source : BnF Gallica via Wikimedia Commons, CC0.

La rose dans le hanakotoba japonais

Dans le hanakotoba (花言葉, codex floral japonais de l'ère Meiji -), la rose jaune (黄色薔薇 Kiiroibara) signifie la jalousie, convergence rare avec Cortambert . Divergence nette sur l'orange : désir en France, pudeur au Japon. La rose blanche y porte l'attente silencieuse, pas la pureté mariale occidentale.

Le kanji bara 薔薇 désigne la rose en japonais. Son étymologie ne partage rien avec le gul persan ou le rosa latin : les trois codifications sont arrivées par des routes linguistiques indépendantes, et pourtant se rencontrent sur la jalousie jaune. Dans le hanakotoba japonais, la rose (bara 薔薇) orange évoque la pudeur et non le désir occidental, tandis que la rose blanche y porte le silence et non la pureté mariale chrétienne. La signification de la pivoine prolonge utilement la lecture : la pivoine occupe dans le corpus Meiji une place au moins égale à celle de la rose.

Estampe japonaise « Roses et perroquet » par Itō Jakuchū (1716-1800), illustration du hanakotoba où la rose (薔薇 bara) code la jalousie en jaune
Itō Jakuchū, Roses et perroquet (reproduction Meiji). La rose entre dans l'iconographie japonaise par la voie picturale bien avant d'entrer dans le hanakotoba. Via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Variétés de rose et parfumerie de Grasse

Cinq espèces portent toute l'histoire botanique et olfactive de la rose, deux en particulier. Rosa × damascena, hybride triparental (gallica × moschata × fedtschenkoana) démontré par Iwata, Kato et Ohno, Gene 259(1-2), 11 (DOI 10.1016/S0378-1119(00)00487-X) : c'est elle qu'on distille encore en Bulgarie. Rosa × centifolia, la rose de Mai de Grasse sous AOP : c'est elle qui parfume Chanel n°5 depuis sa formulation par Ernest Beaux en .

Variété botaniqueAuteur-annéeSymbolique historiqueUsage parfumerie
Rosa gallica L.Linné 1753, IPNI 732569-1Rose de Provins, emblème LancasterConfiserie, conserves de Provins
Rosa × damascenaIwata, Kato, Ohno 2000Damas, Croisades, attar persanAttar bulgare ≈ 4 000 €/kg
Rosa × centifoliaCultivée XVIIe s.Rose de Mai, emblème de GrasseAOP Grasse, Chanel n°5 (1921)
Rosa chinensisJacquin 1768, IPNI 732029-1Remontantes, hybrides modernes
Rosa canina L.Linné 1753, IPNI 731955-1Églantier, cynorrhodonTisane, huile de rose musquée
Cinq variétés clés de Rosa : auteur-année, symbolique historique et usage en parfumerie.

Deux roses, deux économies qui n'ont rien en commun sauf le prix astronomique qu'elles exigent. À Grasse, Rosa × centifolia (la rose de Mai, sous AOP) parfume Chanel n°5 depuis qu'Ernest Beaux l'a fixée dans la formule en . À Kazanlak côté bulgare, Rosa × damascena alimente la filière attar : 4 tonnes de pétales cueillis avant 8 h pour obtenir 1 kg d'essence, facturée autour de 4 000 € le kilogramme. Le calcul fait sourire le chimiste, il épuise le cueilleur.

Rosa gallica sauvage en Roumanie, espèce mère du genre Rosa et emblème Lancaster de la Guerre des Deux-Roses
Rosa gallica sauvage photographiée en Roumanie : l'espèce mère du canon européen, emblème rouge des Lancaster. Photo : Meneerke bloem, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Pourquoi la rose rouge est-elle l'amour ? Le paradoxe Nature 2025

La Saint-Valentin hérite d'un paradoxe biologique : l'ancêtre génétique commun de toutes les roses modernes était jaune, pas rouge, démontré en par Nature (vol. 640 n°8060, DOI 10.1038/d41586-025-01107-x)1. Le rouge passionnel est un trait phénotypique sélectionné par l'humain depuis la Perse sassanide, pas un héritage naturel du genre Rosa.

« Trois dates, une même couleur tenue par trois mains différentes.
: la rose Tudor impose le rouge héraldique après Bosworth.
: Cortambert attache ce rouge à l'amour passionné.
: Raymond et al. (Nature) démontrent que ce rouge n'a jamais existé à l'état sauvage. »

Synthèse éditoriale croisant rose Tudor, Bosworth 1485 · Cortambert, Le Langage des fleurs, Paris, 18192 · Raymond et al., Nature, vol. 640 n°8060, 16 avril 20251

Le rouge n'est donc pas un donné naturel mais un choix humain plaqué sur un ancêtre jaune. Double construction : héraldique avec la rose Tudor en , puis floriographique avec Cortambert 18192. La génétique raconte l'histoire inverse : la rose jaune sauvage (Rosa foetida, Asie centrale) porte encore aujourd'hui le gène ancestral que les hybridations sélectives des XVIIIe-XXIe siècles ont progressivement dilué dans les cultivars modernes.

Rosa foetida jaune en fleur, espèce sauvage illustrant l'ancêtre génétique jaune des roses modernes révélé par Nature en avril 2025
Rosa foetida, espèce jaune sauvage d'Asie centrale, porte le phénotype de l'ancêtre génétique commun mis en évidence par Nature en avril 2025. Photo : Krzysztof Ziarnek (Kenraiz), CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Contresens à éviter et guide par occasion

Quatre pièges ruinent une rose offerte : jaune à un amoureux (infidélité en code victorien), blanche au Japon (funéraire par défaut), nombre pair en Chine (deuil), « rose noire » achetée comme espèce (qui n'existe pas botaniquement). Le reste se joue au cas par cas.

TabouCulture / codeSource
Rose jaune à un amoureuxCode victorien (Greenaway 1884) = infidélitéSeaton 1995
Rose blanche en bouquet amicalJapon = funérairehanakotoba Meiji
Nombre pair de rosesChine = deuilInterflora 2026
« Rose noire » achetée comme espèceN'existe pas : Black Baccara = rouge foncéJoyaux 2001
Quatre contresens culturels à ne jamais commettre avec une rose offerte.

Douze roses rouges (Rosa gallica ou cultivar Red Naomi), tiges longues, feuillage conservé. Éviter le jaune seul ou l'orange seul. Au Japon, ajouter une carte manuscrite : la rose rouge y signifie bien l'amour, mais sans verbalisation, le destinataire peut lire l'offre comme déclaration formelle là où l'offreur visait la simple romance.

Vingt-quatre roses mélangeant blanches et roses pâles. Rosa × alba pour les mariages d'inspiration héraldique anglaise. Éviter le nombre pair si le couple a une branche chinoise. Comparer avec la signification de la tulipe si l'on cherche une alternative printanière moins chargée symboliquement.

Bouquet d'anniversaire de mariage, règle N roses pour N années

Anniversaire de mariage

Photo by Leo_Visions on Unsplash

N roses = N années, règle simple et mémorable. Vingt-cinq pour les noces d'argent, cinquante pour les noces d'or. Règle augmentée à partir de la soixantaine : ajouter trois roses blanches à chaque dizaine pour la promesse de continuer.

Deux roses, une jaune et une blanche : pardon plus sincérité. Pas de rouge (trop insistant, lecture « j'ai fauté par amour »). Trois roses blanches fonctionnent aussi en Asie où la rose jaune reste ambiguë.

Trois roses rose pâle (momoirobara du hanakotoba). Éviter le rouge, codifié amour adulte. Le nombre trois porte la tendresse dans les deux traditions, sans risque de contresens.

Nombre pair de roses blanches (Rosa × alba). En Asie orientale, jamais de rouge pour un deuil : voir aussi la signification du lys blanc, autre fleur mariale classique dans ce registre.

Ces quatre pièges figurent en tête de fiche culturelle chez Interflora et FTD depuis le tournant des années 2000. Pas par superstition : par retour d'expérience. Un fleuriste haut de gamme vérifie toujours la destination internationale d'un bouquet avant de conseiller la couleur.

Questions fréquentes sur la signification de la rose

Que signifie une rose rouge ?

Amour passionné et vertu dans le code occidental, selon Charlotte de la Tour, Le Langage des fleurs, Paris, 2. Au Japon, 紅薔薇 benibara porte exactement le même sens (愛 ai). Rosa gallica, espèce mère du rouge héraldique, fut l'emblème Lancaster durant la Guerre des Deux-Roses (-).

Que signifie une rose jaune (cocu, tromperie, amitié) ?

En France contemporaine, amitié. Dans le code victorien anglais codifié par Kate Greenaway, Language of Flowers, Routledge, 3, infidélité. Au Japon, jalousie (黄色薔薇 Kiiroibara) : seule couleur de convergence stricte entre Cortambert 1819, Greenaway 1884 et le hanakotoba, toutes les autres divergeant sur au moins une des trois traditions.

Combien de roses offrir à sa petite amie ?

Douze pour une déclaration classique (la douzaine canonique), vingt-quatre pour un engagement fort (« je pense à toi 24 heures sur 24 »), 99 en Chine pour « je t'aimerai toujours ». Règle occidentale : impair en-dessous de dix. Règle asiatique : jamais un nombre pair, qui désigne le deuil (source : Interflora France 2026).

Que signifie une rose blanche pour un enterrement ?

Dans l'iconographie chrétienne, la rose blanche (Rosa × alba) représente la Vierge Marie et la pureté de l'âme, ce qui explique son usage funéraire occidental depuis le Moyen Âge. Au Japon, toute rose blanche est déjà funéraire par défaut, indépendamment du contexte (hanakotoba de l'ère Meiji, -, Seaton 19954).

Quelle est la signification spirituelle de la rose ?

Chez les chrétiens, la rose désigne la Vierge Marie et structure le rosaire (rosarium). Sainte Rose de Lima (-) est canonisée en , patronne d'Amérique latine. En islam, l'eau de rose purifie : Saladin fit nettoyer la mosquée d'Omar avec elle en (Phillips et Rix, 8).

Que signifie l'emoji rose fanée 🥀 ?

L'emoji 🥀 (wilted flower, Unicode U+1F940, ajouté en ) code contemporain de rupture, chagrin ou relation finie. Sur TikTok et Twitter/X, il signifie « je suis déçu·e » ou « c'est mort ». À distinguer nettement de 🌹 (rose rouge = amour) et de la rose éternelle commerciale, dont l'usage est purement décoratif.

Que signifie une rose éternelle ?

Une rose éternelle est une rose naturelle stabilisée par glycérine, conservant couleur et texture une à trois années sans eau ni lumière directe. Popularisée par la marque équatorienne Forever Rose en , elle symbolise l'amour durable. Prix moyen 60 à 300 € selon la boîte, avec une croissance soutenue du segment de la rose stabilisée sur la décennie écoulée.

Que signifie un tatouage de rose (main, épine, serpent) ?

Rose seule = amour. Rose avec épines = douleur d'aimer. Rose avec serpent = tentation, trahison. Rose noire tatouée = deuil ou rébellion (esthétique néo-traditionnelle). La rose est le motif floral numéro un du tatouage occidental depuis les années 1950, marqueur old-school hérité de Sailor Jerry et repris par le néo-traditionnel contemporain.

Quelle différence entre la rose (fleur), la couleur rose et le quartz rose ?

La fleur est Rosa (genre botanique, environ 150 espèces). La couleur rose désigne un ton rouge-pâle (longueur d'onde 700 nm atténuée). Le quartz rose est une variété de silice SiO₂ colorée par le titane. Trois entités distinctes, réunies par une homonymie propre au français.

Pourquoi la rose est-elle le symbole de l'Angleterre ?

Après la Guerre des Deux-Roses (-), Henri VII Tudor fusionne Rosa × alba (York) et Rosa gallica (Lancaster) en rose Tudor lors de son mariage avec Élisabeth d'York en (François Joyaux, La Rose, une passion française, Complexe, 5, ISBN 2-87027-871-3). Emblème national depuis.


Reste la coïncidence qui dérange. Trois traditions nées sans se connaître (Paris , Londres , Kyoto Meiji) convergent sur un seul signe, la jalousie jaune. Et c'est précisément la couleur que Nature a identifiée en comme celle de l'ancêtre génétique commun du genre Rosa. Deux siècles de codification symbolique rattrapés par un séquençage ADN. On pourra toujours décider que c'est un hasard.

Pour les autres espèces, voir le guide complet du langage des fleurs.

  1. 1.Nature, vol. 640 n°8060, 16 avril 2025, « Roses are red, but their ancestors were yellow »doi.org
  2. 2.Charlotte de la Tour (Louise Cortambert), Le Langage des fleurs, Paris, 1819 (Gallica BnF)gallica.bnf.fr
  3. 3.Kate Greenaway, Language of Flowers, Routledge, Londres, 1884 (Project Gutenberg #31591)gutenberg.org
  4. 4.Beverly Seaton, The Language of Flowers: A History, University Press of Virginia, 1995 (ISBN 9780813915562)books.google.com
  5. 5.François Joyaux, La Rose, une passion française (1778-1914), Complexe, 2001 (ISBN 2-87027-871-3)worldcat.org
  6. 6.Suzanne Amigues, Recherches sur les plantes, Belin, 2010 (ISBN 978-2-7011-4996-7), Théophrastecatalogue.bnf.fr
  7. 7.Claude-Antoine Thory & Pierre-Joseph Redouté, Les Roses, Firmin-Didot, 1817-1824 (Gallica BnF)gallica.bnf.fr
  8. 8.Roger Phillips & Martyn Rix, Histoire des roses, La Maison rustique, 1994 (ISBN 2-7066-1737-3)worldcat.org
  9. 9.Amélie Rigollet, « La rose comme gage vassalique : l'exemple des Briouze, seigneurs du Gower », Cahiers de civilisation médiévale n°249, 2020, p. 3-18 (DOI 10.4000/ccm.1895)doi.org
  10. 10.Frédéric Cépède, « Le poing et la rose, la saga d'un logo », Vingtième Siècle n°49, 1996, p. 18-30 (Persée)persee.fr
  11. 11.Iwata, Kato, Ohno, « Triparental origin of Damask roses », Gene 259(1-2), 2000 (DOI 10.1016/S0378-1119(00)00487-X)doi.org
  12. 12.Wikipédia, Rosier (genre Rosa)fr.wikipedia.org
  13. 13.Wikipédia, Hanakotoba (langage des fleurs japonais)fr.wikipedia.org
  14. 14.Wikipédia, Langage des fleursfr.wikipedia.org
  15. 15.POWO Kew, Rosa L., IPNI 30000115-2powo.science.kew.org