Composition de plantes médicinales et aromatiques fraîches (thym, sauge, basilic, persil) disposées sur un étal de marché

Plantes médicinales : 15 remèdes du jardin validés par la science

L'OMS estime que 14 à 28 % des espèces végétales mondiales sont des plantes médicinales à usage documenté1, et l'EMA HMPC a publié plus de 175 monographies européennes de plantes médicinales depuis sa création en 2. La Pharmacopée européenne appelle ces matières premières des drogues végétales et fixe les critères de qualité de chaque plante médicinale.

En droit français, l'article L4211-1 du Code de la santé publique réserve la vente des plantes médicinales aux pharmaciens, hors les 148 espèces libérées par le décret du 4. Cet article sur les plantes médicinales suit quatre paliers : la définition juridique de la drogue végétale, le niveau de preuve EMA, la cartographie des interactions, le cadre réglementaire français. Quinze plantes médicinales du jardin servent d'exemple, avec posologie chiffrée, statut HMPC et contre-indications nommées.

Définir 'plante médicinale' (Pharmacopée, OMS, Code de la santé publique)

Une plante médicinale est une drogue végétale au sens de la Pharmacopée européenne, c'est-à-dire une plante ou partie de plante (feuille, fleur, racine, écorce) utilisée pour ses propriétés thérapeutiques5. L'OMS estime que 14 à 28 % des espèces végétales mondiales ont un usage médicinal documenté1.

À cette estimation s'ajoute une donnée d'usage : 80 % des populations rurales en pays en développement emploient les plantes comme traitement principal, et 85 % en Afrique subsaharienne6.

La définition juridique précise donc trois choses : un objet (la drogue végétale), un usage (thérapeutique, et non alimentaire ou ornemental), un cadre (la Pharmacopée européenne fixe les critères d'identité, de pureté et de teneur en principes actifs).

En droit français, l'article L4211-1, 5° du Code de la santé publique place la vente des plantes médicinales sous monopole pharmaceutique7. La même plante peut donc relever, selon sa préparation, du médicament (boîte étiquetée et indication thérapeutique), du complément alimentaire (réglementation alimentaire, allégations encadrées) ou de l'aliment (cuisine, sans revendication de santé).

Cette triple grille distingue la plante médicinale d'une simple plante aromatique : le thym (Thymus vulgaris) qui parfume une ratatouille reste un aliment ; le même thym séché à 40 °C, étiqueté parties aériennes fleuries, monographie HMPC et vendu pour les voies respiratoires devient un médicament traditionnel à base de plantes. La discipline qui étudie ces usages traditionnels et leur transmission s'appelle l'ethnobotanique, et elle nourrit aujourd'hui la pharmacognosie moderne.

Planche botanique 'Plantes médicinales' du Larousse du XXe siècle (1932), illustration scientifique multi-espèces aux planches lithographiées
Planche botanique du Larousse du XXe siècle (1932). Domaine public.

Phytothérapie, aromathérapie, gemmothérapie, herboristerie : quatre disciplines, quatre cadres

Phytothérapie, aromathérapie, gemmothérapie, herboristerie : la même matière première, des procédés et des cadres réglementaires distincts. La phytothérapie emploie la drogue végétale entière ou son extrait standardisé. L'aromathérapie ne travaille que sur les huiles essentielles, extraits volatils concentrés obtenus par distillation. La gemmothérapie, popularisée par Pol Henry dans les années 1960, utilise les bourgeons et jeunes pousses macérés dans la glycérine. L'herboristerie reste un commerce de matière première, sans visée thérapeutique propre8.

DisciplineMatière premièreProcédéCadre réglementaire FR
PhytothérapiePlante entière ou partie (feuille, racine, fleur)Séchage, infusion, extrait sec ou EPSMédicament TUP ou complément alimentaire (ANSM, ANSES)
AromathérapieHuiles essentiellesDistillation à la vapeur d'eau, expressionMédicament, cosmétique ou complément (réglementation par produit)
GemmothérapieBourgeons et jeunes poussesMacération glycérinée 1 D ou 1 DHStatut hybride : complément alimentaire le plus souvent
HerboristeriePlantes sèches en vracAucun (vente de matière première)Monopole pharmaceutique sauf 148 plantes (D4211-11)
Quatre disciplines associées aux plantes médicinales : matière, procédé, cadre réglementaire.

L'ANSM régule les médicaments à base de plantes ; l'ANSES instruit la nutrivigilance des compléments alimentaires2. Cette ligne de partage explique pourquoi le même curcuma peut être un médicament traditionnel à base de plantes, un complément alimentaire ou une simple épice, selon l'étiquette et la dose. Le statut juridique dépend de la mise sur le marché choisie, pas de la botanique.

Comment une plante médicinale agit : du métabolite secondaire à l'effet thérapeutique

Une plante médicinale n'a pas un principe actif, elle en compte des centaines. Les métabolites secondaires d'une plante médicinale, qui servent aussi à la communication chimique entre plantes, se répartissent en quatre grandes classes pharmacologiques : alcaloïdes (morphine du pavot), terpènes (thymol du thym, menthol de la menthe), polyphénols (quercétine, acide rosmarinique), glycosides (digitoxine de la digitale). Chacune cible des récepteurs ou enzymes spécifiques9.

Les alcaloïdes (caféine, morphine, atropine, colchicine, nicotine) agissent sur le système nerveux central et autonome avec une marge thérapeutique étroite : la dose qui soulage est proche de celle qui empoisonne. Les terpènes (thymol, carvacrol, linalol, menthol) portent l'odeur et l'essentiel des effets respiratoires et cutanés. Les polyphénols (flavonoïdes, tanins, acides phénoliques) couvrent l'antioxydation et la protection vasculaire.

L'histoire la plus citée est celle de la reine-des-prés. En , le chimiste italien Raffaele Piria isole l'acide salicylique du genre Spiraea (Filipendula ulmaria, ancien Spiraea ulmaria)10. Le nom aspirine garde la trace du genre. La molécule de synthèse, l'acide acétylsalicylique, sera commercialisée par Bayer en .

Cette généalogie illustre une règle pharmacognosique. La pharmacologie moderne procède en quatre temps depuis le végétal : isoler le composé, caractériser sa structure, standardiser le dosage, puis synthétiser quand le rendement industriel l'exige. Mais l'extrait végétal complet conserve un atout que la molécule pure n'a pas, la modulation multi-cible des métabolites secondaires associés9.

Formes galéniques : tisane, teinture mère, EPS, gélule, huile essentielle (que dose-t-on, vraiment ?)

La même plante n'extrait pas les mêmes molécules selon le solvant. Le millepertuis libère son hypéricine dans l'eau (tisane) et son hyperforine dans l'éthanol (teinture, gélule)11. Cinq formes galéniques structurent la phytothérapie moderne : la tisane, la teinture mère, l'EPS (extrait phytostandardisé, procédé breveté de cryobroyage), la gélule de poudre ou d'extrait sec, l'huile essentielle.

Tasse en verre transparent remplie d'une infusion ambrée de camomille, posée sur un plan de travail neutre
Une tisane de camomille : la forme galénique la plus universelle, et la moins standardisée.
FormeSolvantSpectre extraitTitrageBiodisponibilité
Tisane (infusion)EauHydrosolubles : flavonoïdes, mucilages, certains alcaloïdesAucunModérée, rapide
Teinture mèreHydro-alcoolique (60-90 % éthanol)Hydro et liposolubles, principes labiles1/10 (Pharmacopée FR)Bonne, alcool comme vecteur
EPS PhytostandardHydro-alcoolique sur plante fraîche cryobroyéeTotum végétal préservé, marqueurs titrésGarantie analytiqueÉlevée, reproductible
Gélule (extrait sec)Variable (aqueux ou alcoolique)Concentré 4:1 à 10:1 selon procédéSelon monographie HMPCVariable, dépend des excipients
Huile essentielleVapeur d'eau (distillation)Composés volatils uniquement, terpènesChémotype obligatoireTrès élevée, dose minimale
Cinq formes galéniques courantes : solvant, spectre extrait, biodisponibilité.

L'EMA HMPC exige un titrage pour tout médicament traditionnel à base de plantes : 0,3 % d'hypéricine pour les extraits de millepertuis, par exemple3. La tisane reste hors champ, ce qui explique sa variabilité. Une infusion de thym à 1 g/tasse dose entre 5 et 50 mg de thymol selon la durée d'infusion et la qualité du séchage10.

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Lire un niveau de preuve : EMA HMPC well-established use ou traditional use, ESCOP, Cochrane

L'EMA HMPC classe les médicaments à base de plantes en deux statuts. L'usage médical bien établi exige des essais cliniques randomisés (ECR) publiés et au moins 10 ans d'usage médical2. L'usage traditionnel repose sur 30 ans d'usage documenté dont 15 ans dans l'Union européenne, sans exigence d'ECR12. Le millepertuis appartient au premier groupe ; la valériane bascule selon l'indication.

L'absence de preuve n'est pas la preuve d'une absence. Une plante en traditional use peut être efficace mais pas encore mesurée par ECR ; une plante en well-established use peut l'être pour une indication précise (sommeil) et pas pour une autre (ménopause).

PlanteIndicationStatut EMA HMPCCochrane / méta-analyse
Hypericum perforatumDépression légère à modéréeWell-established useLinde 2008, supériorité versus placebo confirmée
Valeriana officinalisInsomnie subjectiveWell-established use (extrait sec)Fernández-San-Martín 2010, effet modéré sur ≥ 18 ECR13
Phytoestrogènes (soja, trèfle rouge)Symptômes vasomoteurs ménopauseTraditional use selon planteLethaby 2013, effet incertain14
Trois exemples de plantes en grille EMA + ESCOP + Cochrane.

L'ESCOP et la Cochrane Collaboration complètent l'arbitrage. Un avis Cochrane probable benefit sur les phlébotoniques végétaux dans l'insuffisance veineuse chronique appuie ainsi la vigne rouge et le marron d'Inde sur l'œdème15. Lire un niveau de preuve, c'est croiser ces trois grilles avant de conclure.

Plantes médicinales par système : sommeil, digestion, immunité, respiratoire, circulation, articulations, peau

Quinze plantes du jardin couvrent l'essentiel des indications validées par monographie HMPC. La valériane (Valeriana officinalis, Caprifoliaceae) ouvre la liste sommeil avec 2-3 g de racine en infusion une heure avant le coucher, ou 400-600 mg d'extrait sec selon la monographie HMPC16. Onze autres taxons s'organisent par appareil.

Capitule fleuri de camomille romaine (Chamaemelum nobile) en gros plan, ligules blanches et disque jaune
Camomille romaine (Chamaemelum nobile, Asteraceae) : digestif et antispasmodique léger, monographie HMPC.
SystèmePlante (binôme latin)Posologie tisaneStatut EMA HMPCContre-indication majeure
Sommeil et anxiété légèreValériane (Valeriana officinalis)2-3 g racine / 150 mL, 1 h avant coucherWell-established useConduite (sédation)
Passiflore (Passiflora incarnata)1-2 g parties aériennes / 150 mL, 2 à 3 foisTraditional useGrossesse (déconseillé)
Mélisse (Melissa officinalis)1,5-4,5 g feuilles / 150 mL, 2 à 3 foisTraditional useHypothyroïdie traitée (lévothyroxine)
DigestionCamomille romaine (Chamaemelum nobile)1-4 g capitules / 150 mL, 3 fois/jourTraditional useAllergie aux Astéracées
Achillée millefeuille (Achillea millefolium)1,5-3 g sommités / 150 mL, 3 fois/jourTraditional useGrossesse, allergie Astéracées
Pissenlit (Taraxacum officinale)3-4 g racine / 150 mL, 2 fois/jourTraditional useObstruction biliaire
RespiratoireThym (Thymus vulgaris)1-2 g parties aériennes / 150 mL, 4 fois/jourWell-established use (extrait fluide)Grossesse 1er trimestre (HE)
Guimauve (Althaea officinalis)0,5-3 g racine / 150 mL en macération froideTraditional useEspacer prise et autres médicaments (mucilages)
Circulation et articulationsReine-des-prés (Filipendula ulmaria)2,5-3,5 g sommités / 150 mL, 3 fois/jourTraditional useAllergie aux salicylés, asthme à l'aspirine
Ortie (Urtica dioica, racine)4-6 g racine / 150 mL en décoctionWell-established use (HBP stade I-II)Œdèmes liés à insuffisance cardiaque ou rénale
Peau (usage topique)Souci (Calendula officinalis)1-2 g fleurs en infusion, compresseTraditional useAllergie aux Astéracées
Bardane (Arctium lappa)2-6 g racine en décoction, lotionHors HMPCDiabète déséquilibré (hypoglycémiant)
Anxiolytique légerLavande vraie (Lavandula angustifolia)1-2 g fleurs / 150 mL ; HE 80-160 mg/jourWell-established use (extrait HE)HE déconseillée chez l'enfant < 6 ans
Bouffées de chaleurSauge officinale (Salvia officinalis)1-3 g feuilles / 150 mL, 1 à 3 fois/jourTraditional useGrossesse, épilepsie (thuyone)
Dépression légère à modéréeMillepertuis (Hypericum perforatum)2-4 g sommités fleuries / 150 mL ; 600-900 mg d'extrait secWell-established useInducteur CYP3A4, voir section interactions
Cartographie de 15 plantes médicinales par appareil, posologie tisane et statut HMPC.

Toutes les posologies tisane viennent des sections posology des monographies HMPC2. La règle générique reste 1-2 g de plante sèche pour 150 mL d'eau, 1 à 3 tasses par jour, infusion de 5 à 10 minutes pour les fleurs et feuilles, décoction de 10 à 15 minutes pour les racines et écorces. Treize de ces quinze taxons poussent sans difficulté en climat tempéré français, sur balcon parisien comme en pleine terre, et trouvent leur place dans un jardin-forêt comestible au rang des vivaces de strate basse.

Interactions médicamenteuses critiques : millepertuis, ginkgo, réglisse, kava, pamplemousse

Le millepertuis (Hypericum perforatum) induit le CYP3A4 et la P-glycoprotéine via l'hyperforine, ce qui réduit l'efficacité des contraceptifs oraux, des ISRS, des antirétroviraux, du tamoxifène, des immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus) et des AVK3. L'ANSM publie une mise en garde formelle depuis 17. Cette interaction est la première cause documentée d'échec contraceptif sous phytothérapie en France.

Fleurs jaunes de millepertuis perforé (Hypericum perforatum) en floraison, étamines saillantes
Millepertuis (Hypericum perforatum, Hypericaceae) : antidépresseur naturel le plus étudié, et l'inducteur enzymatique le plus commun en pharmacovigilance.
PlanteMécanismeClasses médicamenteuses neutralisées ou potentialisées
Millepertuis (Hypericum perforatum)Inducteur CYP3A4, P-gp (hyperforine)Pilule, ISRS, antirétroviraux, ciclosporine, tacrolimus, AVK, tamoxifène, digoxine
Ginkgo (Ginkgo biloba)Inhibition agrégation plaquettaire (ginkgolides)AVK (warfarine), antiagrégants (aspirine, clopidogrel), AINS
Réglisse (Glycyrrhiza glabra)Acide glycyrrhizinique, effet minéralocorticoïdeDiurétiques, antihypertenseurs, digitaliques (hypokaliémie)
Kava (Piper methysticum)Hépatotoxicité dose-dépendanteTout médicament hépatotoxique, alcool ; suspendu en France
Pamplemousse (Citrus paradisi)Inhibition CYP3A4 intestinal (furanocoumarines)Statines, ciclosporine, certains antihypertenseurs (amlodipine)
Cinq interactions plante-médicament critiques recensées par EMA HMPC et ANSM.

Le pamplemousse n'est pas une plante médicinale au sens strict, mais le mécanisme illustre la règle. Trois familles de substances peuvent moduler les enzymes hépatiques : un médicament, un aliment, ou une plante en infusion. Conséquence pratique : signaler systématiquement toute prise de plante en consultation, y compris une tisane préparée avec une cueillette du jardin.

Toxicité et sosies : sept paires d'identification à connaître

L'ANSES et les Centres antipoison recensent depuis 10 ans une douzaine d'intoxications sévères par confusion entre l'ail des ours (Allium ursinum, Amaryllidaceae) et le colchique d'automne (Colchicum autumnale, Colchicaceae)18. La colchicine n'a pas d'antidote ; la dose létale orale est estimée à 7 mg19.

Feuilles vertes lancéolées d'ail des ours (Allium ursinum) en sous-bois, surface mate non gainante
Ail des ours (Allium ursinum). Feuille mate, pétiole net, odeur d'ail à la friction. Comestible.
Fleur rose-violet de colchique d'automne (Colchicum autumnale), six tépales émergeant directement du sol sans feuilles
Colchique d'automne (Colchicum autumnale). Toxique mortelle. Au printemps, ses feuilles brillantes engainantes ressemblent à celles de l'ail des ours.
Plante médicinaleSosie toxiqueCritère de terrainToxine
Ail des ours (Allium ursinum)Colchique d'automne (Colchicum autumnale)Odeur d'ail à la friction, feuille mate, pétiole netColchicine
Persil sauvage (Aethusa cynapium)Grande ciguë (Conium maculatum)Tige glabre tachée de pourpre chez la ciguë, odeur d'urine de sourisConiine
Consoude (Symphytum officinale)Digitale pourpre (Digitalis purpurea)Feuille rugueuse poilue chez la consoude, lisse chez la digitaleDigitoxine, digoxine
Berce commune (Heracleum sphondylium)Aconit napel (Aconitum napellus)Berce en ombelle, aconit en grappe terminale violetteAconitine
Ail des ours (Allium ursinum)Muguet (Convallaria majalis)Muguet : deux feuilles seulement, pas d'odeur d'ailConvallatoxine
Matricaire (Matricaria chamomilla)Tanaisie (Tanacetum vulgare)Tanaisie : capitule sans ligules, odeur camphrée forteThuyone
Céleri sauvage (Apium graveolens)Œnanthe safranée (Oenanthe crocata)Œnanthe : tubercules jaune safran à la coupeŒnanthotoxine
Sept paires d'identification : plante médicinale et son sosie toxique, critère de différenciation.

Au champ, identifier le bon millepertuis (Hypericum perforatum) reste un exercice : le genre compte plus de 400 espèces, et seule la perforée porte les ponctuations translucides à contre-jour qui justifient son nom. Pour quiconque cueille pour la tisane, la règle absolue tient en trois temps : photographier la plante in situ, vérifier deux marqueurs morphologiques distincts (forme de feuille et organe reproducteur), recouper avec une flore ou un outil d'identification fiable. Une feuille mal identifiée envoie un adulte aux urgences en moins de six heures dans le cas du colchique. La même prudence vaut pour la cueillette des champignons comestibles, où une seule confusion suffit à hospitaliser.

Posologie, durée de cure, contre-indications par profil (grossesse, enfant, personne âgée)

La posologie générique d'une tisane de plante médicinale est 1 à 2 g de plante sèche pour 150 mL d'eau, 1 à 3 tasses par jour, en cure de 3 semaines suivie d'une semaine de pause2. Le millepertuis se limite à 6 semaines sans réévaluation médicale. Le CRAT tient à jour la liste des plantes contre-indiquées pendant la grossesse20.

Pots d'apothicairerie en verre étiquetés contenant des préparations végétales sèches, alignés sur étagère de pharmacie
La posologie d'une plante médicinale n'est jamais 'au pif'. Source institutionnelle : Wellcome Collection, CC BY 4.0.
ProfilPlantes à éviterRaison
GrossesseSauge officinale, millepertuis, réglisse, bourrache (interne), achilléeThuyone (sauge), foetotoxicité débattue (millepertuis), hypertension (réglisse), alcaloïdes pyrrolizidiniques (bourrache)
AllaitementSauge officinale, menthe poivrée à dose élevéeAntigalactogène documenté
Enfant < 12 ansToute huile essentielle chez < 30 mois ; millepertuis, kava, eucalyptol concentréRisque neurologique (camphre, eucalyptol), hépatique (kava)
Personne âgée polymédiquéeMillepertuis (blacklisté), ginkgo (avec AVK), réglisse (avec antihypertenseurs)Interactions enzymatiques, risque hémorragique, hypokaliémie
Insuffisance rénale ou cardiaquePissenlit, prêle, réglisseDiurèse forcée, rétention sodée
Allergie aux AstéracéesCamomille, achillée, souci, pissenlit, bardaneAllergie croisée documentée
Profils à risque et plantes médicinales déconseillées ou contre-indiquées.

L'enfant ne se traite pas comme un adulte miniature. Aucune huile essentielle avant 30 mois ; après 6 ans, doses adaptées au poids et plantes en monographie HMPC pédiatrique uniquement. La personne âgée polymédiquée cumule les risques d'interactions enzymatiques, ce qui exclut de fait le millepertuis de toute prescription gériatrique. Le CRAT reste la référence française pour l'avis individualisé en grossesse et allaitement20.

Statut légal en France : monopole pharmaceutique et 148 plantes libérées (D4211-11)

L'article L4211-1, 5° du Code de la santé publique réserve aux pharmaciens la vente des plantes médicinales inscrites à la Pharmacopée européenne7. Le décret n° 2008-841 du a créé une exception en libérant 148 plantes par l'article D4211-114.

Le diplôme d'herboriste, lui, a été supprimé par la loi du et n'a jamais été rétabli8.

Cette architecture juridique en deux étages produit un paysage commercial illisible pour le grand public. Trois statuts coexistent pour la même plante. Le curcuma sert d'exemple-pivot : en gélules titrées en curcuminoïdes vendues pour soulager l'arthrose, c'est un médicament traditionnel à base de plantes ; en complément alimentaire antioxydant, c'est un produit alimentaire encadré par l'ANSES ; en poudre dans le rayon épices, c'est un aliment.

StatutCadreAllégations autoriséesAutorité de tutelle
Médicament TUPDirective 2004/24/CE, AMM ou enregistrement allégéIndications thérapeutiques sourcées par monographie HMPCANSM
Complément alimentaireRèglement (UE) 1924/2006, déclaration DGCCRFAllégations de santé limitées et autorisées EFSAANSES, DGCCRF
AlimentRéglementation alimentaire généraleAucune allégation thérapeutiqueDGCCRF
Trois statuts juridiques pour une même plante (curcuma).

La Directive 2004/24/CE du , transposée à l'article L5121-14-1 du Code de la santé publique, a créé le statut de médicament traditionnel à base de plantes (TUP) avec procédure d'enregistrement allégée12. Cette directive a stabilisé un marché européen jusque-là fragmenté entre Pharmacopée, complément alimentaire et zone grise.

L'Académie nationale de médecine a publié en un avis appelant à clarifier le statut de l'herboriste sans rétablir le diplôme8. La proposition de loi de Joël Labbé en n'a pas abouti. La France garde donc un cadre original : monopole pharmaceutique de principe, 148 plantes en vente libre, herboristerie sans diplôme.

FAQ : questions de cadrage et d'usage

Comment conserver les plantes médicinales ?

Une plante médicinale séchée se conserve en bocal hermétique opaque (verre teinté ou métal), à l'abri de la lumière et de l'humidité, à 15-20 °C. Durée moyenne : 12 à 18 mois pour les feuilles et fleurs d'une plante médicinale, 24 mois pour les racines et écorces10. Vérifier l'odeur, la couleur et l'absence de moisissure avant chaque usage. Les huiles essentielles tiennent 3 à 5 ans hors agrumes, 2 ans pour les agrumes (oxydation des limonènes).

Comment devenir producteur de plantes médicinales ?

La culture de plantes médicinales s'inscrit dans la filière PPAM. Aucun diplôme n'est exigé pour cultiver, mais la transformation et la vente déclenchent des cadres distincts (BPF en pharmacie, agrément ANSM pour le médicament). Les certifications utiles : Agriculture biologique, Simples (réseau de cueilleurs producteurs), HVE. Formation pivot : les écoles d'herboristerie (Lyon, Paris, Plantasanté) restent privées, sans reconnaissance d'État8.

Comment faire sécher des plantes médicinales ?

Le séchage d'une plante médicinale doit être rapide et à basse température : 30-40 °C pour les feuilles et fleurs, 50 °C maximum pour les racines, à l'ombre et en couche fine, sur claie ou en bouquets suspendus tête en bas. Une plante médicinale bien séchée perd 70 à 80 % de son poids frais et garde sa couleur d'origine10. Plantes décolorées ou brunies : composés actifs dégradés, à jeter. La règle est séchage en 48 à 72 heures pour préserver les huiles essentielles et les flavonoïdes.

Comment utiliser les plantes médicinales ?

Sous forme de tisane, compter 1 à 2 g de plante médicinale séchée pour 150 mL d'eau, 1 à 3 tasses par jour en cure de 3 semaines suivie d'une semaine de pause2. Les fleurs et feuilles d'une plante médicinale se font en infusion (eau frémissante 5 à 10 minutes), les racines et écorces en décoction (10 à 15 minutes). Toute plante médicinale prise au-delà d'un mois ou en cas de maladie chronique appelle un avis médical, en particulier si un traitement est en cours.

Pour prolonger la lecture côté terrain, voir l'ethnobotanique qui replace ces savoirs dans leur cadre académique, et le purin d'ortie qui montre comment une plante médicinale (l'ortie, Urtica dioica) entre aussi dans les usages au jardin.

  1. 1.Padulosi S., Leaman D., Quek P. (2002) — Challenges and Opportunities in Enhancing the Conservation and Use of Medicinal and Aromatic Plants. Journal of Herbs, Spices & Medicinal Plants. DOI 10.1300/J044v09n04_01doi.org
  2. 2.EMA / HMPC — Herbal medicinal product monographs (Committee on Herbal Medicinal Products)ema.europa.eu
  3. 3.EMA HMPC — Community herbal monograph on Hypericum perforatum L., herba (well-established use, 2018)ema.europa.eu
  4. 4.Légifrance — Code de la santé publique, Article D4211-11 (décret n° 2008-841 du 22 août 2008, 148 plantes en vente libre)legifrance.gouv.fr
  5. 5.EDQM — Pharmacopée européenne, 11e édition (Conseil de l'Europe)edqm.eu
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  7. 7.Légifrance — Code de la santé publique, Article L4211-1, 5° (monopole pharmaceutique)legifrance.gouv.fr
  8. 8.Académie nationale de médecine — Avis n° 187 sur le statut de l'herboriste en France (6 décembre 2006)academie-medecine.fr
  9. 9.Wink M. (2015) — Modes of Action of Herbal Medicines and Plant Secondary Metabolites. Medicines. DOI 10.3390/medicines2030251doi.org
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