
- Définir 'plante médicinale' Pharmacopée, OMS, Code de la santé publique
- Phytothérapie, aromathérapie, gemmothérapie, herboristerie : quatre disciplines, quatre cadres
- Comment une plante médicinale agit : du métabolite secondaire à l'effet thérapeutique
- Formes galéniques : tisane, teinture mère, EPS, gélule, huile essentielle que dose-t-on, vraiment ?
- Lire un niveau de preuve : EMA HMPC well-established use ou traditional use, ESCOP, Cochrane
- Plantes médicinales par système : sommeil, digestion, immunité, respiratoire, circulation, articulations, peau
- Interactions médicamenteuses critiques : millepertuis, ginkgo, réglisse, kava, pamplemousse
- Toxicité et sosies : sept paires d'identification à connaître
- Posologie, durée de cure, contre-indications par profil grossesse, enfant, personne âgée
- Statut légal en France : monopole pharmaceutique et 148 plantes libérées D4211-11
- FAQ : questions de cadrage et d'usage
Plantes médicinales : 15 remèdes du jardin validés par la science
L'OMS estime que 14 à 28 % des espèces végétales mondiales sont des plantes médicinales à usage documenté1, et l'EMA HMPC a publié plus de 175 monographies européennes de plantes médicinales depuis sa création en 2. La Pharmacopée européenne appelle ces matières premières des drogues végétales et fixe les critères de qualité de chaque plante médicinale.
En droit français, l'article L4211-1 du Code de la santé publique réserve la vente des plantes médicinales aux pharmaciens, hors les 148 espèces libérées par le décret du 4. Cet article sur les plantes médicinales suit quatre paliers : la définition juridique de la drogue végétale, le niveau de preuve EMA, la cartographie des interactions, le cadre réglementaire français. Quinze plantes médicinales du jardin servent d'exemple, avec posologie chiffrée, statut HMPC et contre-indications nommées.
Définir 'plante médicinale' (Pharmacopée, OMS, Code de la santé publique)
Une plante médicinale est une drogue végétale au sens de la Pharmacopée européenne, c'est-à-dire une plante ou partie de plante (feuille, fleur, racine, écorce) utilisée pour ses propriétés thérapeutiques5. L'OMS estime que 14 à 28 % des espèces végétales mondiales ont un usage médicinal documenté1.
À cette estimation s'ajoute une donnée d'usage : 80 % des populations rurales en pays en développement emploient les plantes comme traitement principal, et 85 % en Afrique subsaharienne6.
La définition juridique précise donc trois choses : un objet (la drogue végétale), un usage (thérapeutique, et non alimentaire ou ornemental), un cadre (la Pharmacopée européenne fixe les critères d'identité, de pureté et de teneur en principes actifs).
En droit français, l'article L4211-1, 5° du Code de la santé publique place la vente des plantes médicinales sous monopole pharmaceutique7. La même plante peut donc relever, selon sa préparation, du médicament (boîte étiquetée et indication thérapeutique), du complément alimentaire (réglementation alimentaire, allégations encadrées) ou de l'aliment (cuisine, sans revendication de santé).
Cette triple grille distingue la plante médicinale d'une simple plante aromatique : le thym (Thymus vulgaris) qui parfume une ratatouille reste un aliment ; le même thym séché à 40 °C, étiqueté parties aériennes fleuries, monographie HMPC et vendu pour les voies respiratoires devient un médicament traditionnel à base de plantes. La discipline qui étudie ces usages traditionnels et leur transmission s'appelle l'ethnobotanique, et elle nourrit aujourd'hui la pharmacognosie moderne.

Phytothérapie, aromathérapie, gemmothérapie, herboristerie : quatre disciplines, quatre cadres
Phytothérapie, aromathérapie, gemmothérapie, herboristerie : la même matière première, des procédés et des cadres réglementaires distincts. La phytothérapie emploie la drogue végétale entière ou son extrait standardisé. L'aromathérapie ne travaille que sur les huiles essentielles, extraits volatils concentrés obtenus par distillation. La gemmothérapie, popularisée par Pol Henry dans les années 1960, utilise les bourgeons et jeunes pousses macérés dans la glycérine. L'herboristerie reste un commerce de matière première, sans visée thérapeutique propre8.
| Discipline | Matière première | Procédé | Cadre réglementaire FR |
|---|---|---|---|
| Phytothérapie | Plante entière ou partie (feuille, racine, fleur) | Séchage, infusion, extrait sec ou EPS | Médicament TUP ou complément alimentaire (ANSM, ANSES) |
| Aromathérapie | Huiles essentielles | Distillation à la vapeur d'eau, expression | Médicament, cosmétique ou complément (réglementation par produit) |
| Gemmothérapie | Bourgeons et jeunes pousses | Macération glycérinée 1 D ou 1 DH | Statut hybride : complément alimentaire le plus souvent |
| Herboristerie | Plantes sèches en vrac | Aucun (vente de matière première) | Monopole pharmaceutique sauf 148 plantes (D4211-11) |
L'ANSM régule les médicaments à base de plantes ; l'ANSES instruit la nutrivigilance des compléments alimentaires2. Cette ligne de partage explique pourquoi le même curcuma peut être un médicament traditionnel à base de plantes, un complément alimentaire ou une simple épice, selon l'étiquette et la dose. Le statut juridique dépend de la mise sur le marché choisie, pas de la botanique.
Comment une plante médicinale agit : du métabolite secondaire à l'effet thérapeutique
Une plante médicinale n'a pas un principe actif, elle en compte des centaines. Les métabolites secondaires d'une plante médicinale, qui servent aussi à la communication chimique entre plantes, se répartissent en quatre grandes classes pharmacologiques : alcaloïdes (morphine du pavot), terpènes (thymol du thym, menthol de la menthe), polyphénols (quercétine, acide rosmarinique), glycosides (digitoxine de la digitale). Chacune cible des récepteurs ou enzymes spécifiques9.
Les alcaloïdes (caféine, morphine, atropine, colchicine, nicotine) agissent sur le système nerveux central et autonome avec une marge thérapeutique étroite : la dose qui soulage est proche de celle qui empoisonne. Les terpènes (thymol, carvacrol, linalol, menthol) portent l'odeur et l'essentiel des effets respiratoires et cutanés. Les polyphénols (flavonoïdes, tanins, acides phénoliques) couvrent l'antioxydation et la protection vasculaire.
L'histoire la plus citée est celle de la reine-des-prés. En , le chimiste italien Raffaele Piria isole l'acide salicylique du genre Spiraea (Filipendula ulmaria, ancien Spiraea ulmaria)10. Le nom aspirine garde la trace du genre. La molécule de synthèse, l'acide acétylsalicylique, sera commercialisée par Bayer en .
Cette généalogie illustre une règle pharmacognosique. La pharmacologie moderne procède en quatre temps depuis le végétal : isoler le composé, caractériser sa structure, standardiser le dosage, puis synthétiser quand le rendement industriel l'exige. Mais l'extrait végétal complet conserve un atout que la molécule pure n'a pas, la modulation multi-cible des métabolites secondaires associés9.
Formes galéniques : tisane, teinture mère, EPS, gélule, huile essentielle (que dose-t-on, vraiment ?)
La même plante n'extrait pas les mêmes molécules selon le solvant. Le millepertuis libère son hypéricine dans l'eau (tisane) et son hyperforine dans l'éthanol (teinture, gélule)11. Cinq formes galéniques structurent la phytothérapie moderne : la tisane, la teinture mère, l'EPS (extrait phytostandardisé, procédé breveté de cryobroyage), la gélule de poudre ou d'extrait sec, l'huile essentielle.

| Forme | Solvant | Spectre extrait | Titrage | Biodisponibilité |
|---|---|---|---|---|
| Tisane (infusion) | Eau | Hydrosolubles : flavonoïdes, mucilages, certains alcaloïdes | Aucun | Modérée, rapide |
| Teinture mère | Hydro-alcoolique (60-90 % éthanol) | Hydro et liposolubles, principes labiles | 1/10 (Pharmacopée FR) | Bonne, alcool comme vecteur |
| EPS Phytostandard | Hydro-alcoolique sur plante fraîche cryobroyée | Totum végétal préservé, marqueurs titrés | Garantie analytique | Élevée, reproductible |
| Gélule (extrait sec) | Variable (aqueux ou alcoolique) | Concentré 4:1 à 10:1 selon procédé | Selon monographie HMPC | Variable, dépend des excipients |
| Huile essentielle | Vapeur d'eau (distillation) | Composés volatils uniquement, terpènes | Chémotype obligatoire | Très élevée, dose minimale |
L'EMA HMPC exige un titrage pour tout médicament traditionnel à base de plantes : 0,3 % d'hypéricine pour les extraits de millepertuis, par exemple3. La tisane reste hors champ, ce qui explique sa variabilité. Une infusion de thym à 1 g/tasse dose entre 5 et 50 mg de thymol selon la durée d'infusion et la qualité du séchage10.
Prêt à prendre soin de vos plantes ?
Identifier, diagnostiquer, apprendre. Tout ce dont vos plantes ont besoin.


Lire un niveau de preuve : EMA HMPC well-established use ou traditional use, ESCOP, Cochrane
L'EMA HMPC classe les médicaments à base de plantes en deux statuts. L'usage médical bien établi exige des essais cliniques randomisés (ECR) publiés et au moins 10 ans d'usage médical2. L'usage traditionnel repose sur 30 ans d'usage documenté dont 15 ans dans l'Union européenne, sans exigence d'ECR12. Le millepertuis appartient au premier groupe ; la valériane bascule selon l'indication.
L'absence de preuve n'est pas la preuve d'une absence. Une plante en traditional use peut être efficace mais pas encore mesurée par ECR ; une plante en well-established use peut l'être pour une indication précise (sommeil) et pas pour une autre (ménopause).
| Plante | Indication | Statut EMA HMPC | Cochrane / méta-analyse |
|---|---|---|---|
| Hypericum perforatum | Dépression légère à modérée | Well-established use | Linde 2008, supériorité versus placebo confirmée |
| Valeriana officinalis | Insomnie subjective | Well-established use (extrait sec) | Fernández-San-Martín 2010, effet modéré sur ≥ 18 ECR13 |
| Phytoestrogènes (soja, trèfle rouge) | Symptômes vasomoteurs ménopause | Traditional use selon plante | Lethaby 2013, effet incertain14 |
L'ESCOP et la Cochrane Collaboration complètent l'arbitrage. Un avis Cochrane probable benefit sur les phlébotoniques végétaux dans l'insuffisance veineuse chronique appuie ainsi la vigne rouge et le marron d'Inde sur l'œdème15. Lire un niveau de preuve, c'est croiser ces trois grilles avant de conclure.
Plantes médicinales par système : sommeil, digestion, immunité, respiratoire, circulation, articulations, peau
Quinze plantes du jardin couvrent l'essentiel des indications validées par monographie HMPC. La valériane (Valeriana officinalis, Caprifoliaceae) ouvre la liste sommeil avec 2-3 g de racine en infusion une heure avant le coucher, ou 400-600 mg d'extrait sec selon la monographie HMPC16. Onze autres taxons s'organisent par appareil.

| Système | Plante (binôme latin) | Posologie tisane | Statut EMA HMPC | Contre-indication majeure |
|---|---|---|---|---|
| Sommeil et anxiété légère | Valériane (Valeriana officinalis) | 2-3 g racine / 150 mL, 1 h avant coucher | Well-established use | Conduite (sédation) |
| Passiflore (Passiflora incarnata) | 1-2 g parties aériennes / 150 mL, 2 à 3 fois | Traditional use | Grossesse (déconseillé) | |
| Mélisse (Melissa officinalis) | 1,5-4,5 g feuilles / 150 mL, 2 à 3 fois | Traditional use | Hypothyroïdie traitée (lévothyroxine) | |
| Digestion | Camomille romaine (Chamaemelum nobile) | 1-4 g capitules / 150 mL, 3 fois/jour | Traditional use | Allergie aux Astéracées |
| Achillée millefeuille (Achillea millefolium) | 1,5-3 g sommités / 150 mL, 3 fois/jour | Traditional use | Grossesse, allergie Astéracées | |
| Pissenlit (Taraxacum officinale) | 3-4 g racine / 150 mL, 2 fois/jour | Traditional use | Obstruction biliaire | |
| Respiratoire | Thym (Thymus vulgaris) | 1-2 g parties aériennes / 150 mL, 4 fois/jour | Well-established use (extrait fluide) | Grossesse 1er trimestre (HE) |
| Guimauve (Althaea officinalis) | 0,5-3 g racine / 150 mL en macération froide | Traditional use | Espacer prise et autres médicaments (mucilages) | |
| Circulation et articulations | Reine-des-prés (Filipendula ulmaria) | 2,5-3,5 g sommités / 150 mL, 3 fois/jour | Traditional use | Allergie aux salicylés, asthme à l'aspirine |
| Ortie (Urtica dioica, racine) | 4-6 g racine / 150 mL en décoction | Well-established use (HBP stade I-II) | Œdèmes liés à insuffisance cardiaque ou rénale | |
| Peau (usage topique) | Souci (Calendula officinalis) | 1-2 g fleurs en infusion, compresse | Traditional use | Allergie aux Astéracées |
| Bardane (Arctium lappa) | 2-6 g racine en décoction, lotion | Hors HMPC | Diabète déséquilibré (hypoglycémiant) | |
| Anxiolytique léger | Lavande vraie (Lavandula angustifolia) | 1-2 g fleurs / 150 mL ; HE 80-160 mg/jour | Well-established use (extrait HE) | HE déconseillée chez l'enfant < 6 ans |
| Bouffées de chaleur | Sauge officinale (Salvia officinalis) | 1-3 g feuilles / 150 mL, 1 à 3 fois/jour | Traditional use | Grossesse, épilepsie (thuyone) |
| Dépression légère à modérée | Millepertuis (Hypericum perforatum) | 2-4 g sommités fleuries / 150 mL ; 600-900 mg d'extrait sec | Well-established use | Inducteur CYP3A4, voir section interactions |
Toutes les posologies tisane viennent des sections posology des monographies HMPC2. La règle générique reste 1-2 g de plante sèche pour 150 mL d'eau, 1 à 3 tasses par jour, infusion de 5 à 10 minutes pour les fleurs et feuilles, décoction de 10 à 15 minutes pour les racines et écorces. Treize de ces quinze taxons poussent sans difficulté en climat tempéré français, sur balcon parisien comme en pleine terre, et trouvent leur place dans un jardin-forêt comestible au rang des vivaces de strate basse.
Interactions médicamenteuses critiques : millepertuis, ginkgo, réglisse, kava, pamplemousse
Le millepertuis (Hypericum perforatum) induit le CYP3A4 et la P-glycoprotéine via l'hyperforine, ce qui réduit l'efficacité des contraceptifs oraux, des ISRS, des antirétroviraux, du tamoxifène, des immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus) et des AVK3. L'ANSM publie une mise en garde formelle depuis 17. Cette interaction est la première cause documentée d'échec contraceptif sous phytothérapie en France.

| Plante | Mécanisme | Classes médicamenteuses neutralisées ou potentialisées |
|---|---|---|
| Millepertuis (Hypericum perforatum) | Inducteur CYP3A4, P-gp (hyperforine) | Pilule, ISRS, antirétroviraux, ciclosporine, tacrolimus, AVK, tamoxifène, digoxine |
| Ginkgo (Ginkgo biloba) | Inhibition agrégation plaquettaire (ginkgolides) | AVK (warfarine), antiagrégants (aspirine, clopidogrel), AINS |
| Réglisse (Glycyrrhiza glabra) | Acide glycyrrhizinique, effet minéralocorticoïde | Diurétiques, antihypertenseurs, digitaliques (hypokaliémie) |
| Kava (Piper methysticum) | Hépatotoxicité dose-dépendante | Tout médicament hépatotoxique, alcool ; suspendu en France |
| Pamplemousse (Citrus paradisi) | Inhibition CYP3A4 intestinal (furanocoumarines) | Statines, ciclosporine, certains antihypertenseurs (amlodipine) |
Le pamplemousse n'est pas une plante médicinale au sens strict, mais le mécanisme illustre la règle. Trois familles de substances peuvent moduler les enzymes hépatiques : un médicament, un aliment, ou une plante en infusion. Conséquence pratique : signaler systématiquement toute prise de plante en consultation, y compris une tisane préparée avec une cueillette du jardin.
Toxicité et sosies : sept paires d'identification à connaître
L'ANSES et les Centres antipoison recensent depuis 10 ans une douzaine d'intoxications sévères par confusion entre l'ail des ours (Allium ursinum, Amaryllidaceae) et le colchique d'automne (Colchicum autumnale, Colchicaceae)18. La colchicine n'a pas d'antidote ; la dose létale orale est estimée à 7 mg19.


| Plante médicinale | Sosie toxique | Critère de terrain | Toxine |
|---|---|---|---|
| Ail des ours (Allium ursinum) | Colchique d'automne (Colchicum autumnale) | Odeur d'ail à la friction, feuille mate, pétiole net | Colchicine |
| Persil sauvage (Aethusa cynapium) | Grande ciguë (Conium maculatum) | Tige glabre tachée de pourpre chez la ciguë, odeur d'urine de souris | Coniine |
| Consoude (Symphytum officinale) | Digitale pourpre (Digitalis purpurea) | Feuille rugueuse poilue chez la consoude, lisse chez la digitale | Digitoxine, digoxine |
| Berce commune (Heracleum sphondylium) | Aconit napel (Aconitum napellus) | Berce en ombelle, aconit en grappe terminale violette | Aconitine |
| Ail des ours (Allium ursinum) | Muguet (Convallaria majalis) | Muguet : deux feuilles seulement, pas d'odeur d'ail | Convallatoxine |
| Matricaire (Matricaria chamomilla) | Tanaisie (Tanacetum vulgare) | Tanaisie : capitule sans ligules, odeur camphrée forte | Thuyone |
| Céleri sauvage (Apium graveolens) | Œnanthe safranée (Oenanthe crocata) | Œnanthe : tubercules jaune safran à la coupe | Œnanthotoxine |
Au champ, identifier le bon millepertuis (Hypericum perforatum) reste un exercice : le genre compte plus de 400 espèces, et seule la perforée porte les ponctuations translucides à contre-jour qui justifient son nom. Pour quiconque cueille pour la tisane, la règle absolue tient en trois temps : photographier la plante in situ, vérifier deux marqueurs morphologiques distincts (forme de feuille et organe reproducteur), recouper avec une flore ou un outil d'identification fiable. Une feuille mal identifiée envoie un adulte aux urgences en moins de six heures dans le cas du colchique. La même prudence vaut pour la cueillette des champignons comestibles, où une seule confusion suffit à hospitaliser.
Posologie, durée de cure, contre-indications par profil (grossesse, enfant, personne âgée)
La posologie générique d'une tisane de plante médicinale est 1 à 2 g de plante sèche pour 150 mL d'eau, 1 à 3 tasses par jour, en cure de 3 semaines suivie d'une semaine de pause2. Le millepertuis se limite à 6 semaines sans réévaluation médicale. Le CRAT tient à jour la liste des plantes contre-indiquées pendant la grossesse20.

| Profil | Plantes à éviter | Raison |
|---|---|---|
| Grossesse | Sauge officinale, millepertuis, réglisse, bourrache (interne), achillée | Thuyone (sauge), foetotoxicité débattue (millepertuis), hypertension (réglisse), alcaloïdes pyrrolizidiniques (bourrache) |
| Allaitement | Sauge officinale, menthe poivrée à dose élevée | Antigalactogène documenté |
| Enfant < 12 ans | Toute huile essentielle chez < 30 mois ; millepertuis, kava, eucalyptol concentré | Risque neurologique (camphre, eucalyptol), hépatique (kava) |
| Personne âgée polymédiquée | Millepertuis (blacklisté), ginkgo (avec AVK), réglisse (avec antihypertenseurs) | Interactions enzymatiques, risque hémorragique, hypokaliémie |
| Insuffisance rénale ou cardiaque | Pissenlit, prêle, réglisse | Diurèse forcée, rétention sodée |
| Allergie aux Astéracées | Camomille, achillée, souci, pissenlit, bardane | Allergie croisée documentée |
L'enfant ne se traite pas comme un adulte miniature. Aucune huile essentielle avant 30 mois ; après 6 ans, doses adaptées au poids et plantes en monographie HMPC pédiatrique uniquement. La personne âgée polymédiquée cumule les risques d'interactions enzymatiques, ce qui exclut de fait le millepertuis de toute prescription gériatrique. Le CRAT reste la référence française pour l'avis individualisé en grossesse et allaitement20.
Statut légal en France : monopole pharmaceutique et 148 plantes libérées (D4211-11)
L'article L4211-1, 5° du Code de la santé publique réserve aux pharmaciens la vente des plantes médicinales inscrites à la Pharmacopée européenne7. Le décret n° 2008-841 du a créé une exception en libérant 148 plantes par l'article D4211-114.
Le diplôme d'herboriste, lui, a été supprimé par la loi du et n'a jamais été rétabli8.
Cette architecture juridique en deux étages produit un paysage commercial illisible pour le grand public. Trois statuts coexistent pour la même plante. Le curcuma sert d'exemple-pivot : en gélules titrées en curcuminoïdes vendues pour soulager l'arthrose, c'est un médicament traditionnel à base de plantes ; en complément alimentaire antioxydant, c'est un produit alimentaire encadré par l'ANSES ; en poudre dans le rayon épices, c'est un aliment.
| Statut | Cadre | Allégations autorisées | Autorité de tutelle |
|---|---|---|---|
| Médicament TUP | Directive 2004/24/CE, AMM ou enregistrement allégé | Indications thérapeutiques sourcées par monographie HMPC | ANSM |
| Complément alimentaire | Règlement (UE) 1924/2006, déclaration DGCCRF | Allégations de santé limitées et autorisées EFSA | ANSES, DGCCRF |
| Aliment | Réglementation alimentaire générale | Aucune allégation thérapeutique | DGCCRF |
La Directive 2004/24/CE du , transposée à l'article L5121-14-1 du Code de la santé publique, a créé le statut de médicament traditionnel à base de plantes (TUP) avec procédure d'enregistrement allégée12. Cette directive a stabilisé un marché européen jusque-là fragmenté entre Pharmacopée, complément alimentaire et zone grise.
L'Académie nationale de médecine a publié en un avis appelant à clarifier le statut de l'herboriste sans rétablir le diplôme8. La proposition de loi de Joël Labbé en n'a pas abouti. La France garde donc un cadre original : monopole pharmaceutique de principe, 148 plantes en vente libre, herboristerie sans diplôme.
FAQ : questions de cadrage et d'usage
Comment conserver les plantes médicinales ?
Une plante médicinale séchée se conserve en bocal hermétique opaque (verre teinté ou métal), à l'abri de la lumière et de l'humidité, à 15-20 °C. Durée moyenne : 12 à 18 mois pour les feuilles et fleurs d'une plante médicinale, 24 mois pour les racines et écorces10. Vérifier l'odeur, la couleur et l'absence de moisissure avant chaque usage. Les huiles essentielles tiennent 3 à 5 ans hors agrumes, 2 ans pour les agrumes (oxydation des limonènes).
Comment devenir producteur de plantes médicinales ?
La culture de plantes médicinales s'inscrit dans la filière PPAM. Aucun diplôme n'est exigé pour cultiver, mais la transformation et la vente déclenchent des cadres distincts (BPF en pharmacie, agrément ANSM pour le médicament). Les certifications utiles : Agriculture biologique, Simples (réseau de cueilleurs producteurs), HVE. Formation pivot : les écoles d'herboristerie (Lyon, Paris, Plantasanté) restent privées, sans reconnaissance d'État8.
Comment faire sécher des plantes médicinales ?
Le séchage d'une plante médicinale doit être rapide et à basse température : 30-40 °C pour les feuilles et fleurs, 50 °C maximum pour les racines, à l'ombre et en couche fine, sur claie ou en bouquets suspendus tête en bas. Une plante médicinale bien séchée perd 70 à 80 % de son poids frais et garde sa couleur d'origine10. Plantes décolorées ou brunies : composés actifs dégradés, à jeter. La règle est séchage en 48 à 72 heures pour préserver les huiles essentielles et les flavonoïdes.
Comment utiliser les plantes médicinales ?
Sous forme de tisane, compter 1 à 2 g de plante médicinale séchée pour 150 mL d'eau, 1 à 3 tasses par jour en cure de 3 semaines suivie d'une semaine de pause2. Les fleurs et feuilles d'une plante médicinale se font en infusion (eau frémissante 5 à 10 minutes), les racines et écorces en décoction (10 à 15 minutes). Toute plante médicinale prise au-delà d'un mois ou en cas de maladie chronique appelle un avis médical, en particulier si un traitement est en cours.
Pour prolonger la lecture côté terrain, voir l'ethnobotanique qui replace ces savoirs dans leur cadre académique, et le purin d'ortie qui montre comment une plante médicinale (l'ortie, Urtica dioica) entre aussi dans les usages au jardin.